Par Gabriel Gaspard
Publié le 23 septembre 2025, 09:00
OPINION. Face à une dette publique atteignant 113,2 % du PIB dont plus de 54,7 % détenus par des investisseurs étrangers, un déficit structurel prévu à 5,4 % en 2025, ne faudrait-il pas créer des fonds citoyens pour « nationaliser » notre endettement et reprendre notre souveraineté ?
Chaque fois qu’un gouvernement perd le contrôle des comptes publics et s’engage, dans un pur esprit libéral, à réduire les dépenses, à créer de nouveaux impôts ou à lancer de grandes réformes structurelles, résonne inlassablement le même refrain abondamment actionné par les gouvernements successifs et affirmé par le gouverneur de la Banque de France : « réduire l’incertitude budgétaire et fiscale, condition de la confiance, de la croissance et de notre souveraineté, afin de ne pas dépendre des agences de notation et des marchés internationaux ». Or si notre marge de manœuvre est étranglée par nos créanciers et le coût croissant des intérêts, pourquoi ne pas mobiliser le surplus d’épargne des ménages pour créer des fonds citoyens, « nationaliser » notre endettement et enfin lever ce verrou financier ?
En 2024, la dette mondiale frôle les 235 % du PIB global. Dans la zone euro, la dette publique s’est stabilisée autour de 87,4 % du PIB, au-delà du plafond maastrichtien de 60 %. La France, dont la part de dette non-résidente (54,7 %) dépasse celles du Japon (13,7 %) et des États-Unis (25 %), s’appuie largement sur les marchés étrangers. La Banque de France et les Premiers ministres instrumentalisent ce risque d’attaque financière ou de dégradation par les agences américaines pour légitimer leurs choix budgétaires. Du FMI à Mario Draghi, tous appellent à des budgets crédibles, à une croissance durable et à un environnement propice à l’investissement pour affronter les crises climatiques et sociales.
Le niveau global de la dette mondiale reste supérieur à 235 % du PIB mondial
En 2024, la dette mondiale a atteint 251 000 milliards de dollars, soit plus de 235 % du PIB mondial, selon le FMI. Tandis que la dette publique reste élevée à 93 % du PIB, portée par des déficits persistants et des coûts postpandémie, la dette privée a reculé à son plus bas niveau depuis 2015, représentant 143 % du PIB. Les États-Unis et la Chine affichent des niveaux de dette publique et privée particulièrement élevés, tandis que les économies émergentes montrent des trajectoires contrastées. Face à cette situation, le FMI appelle les gouvernements à adopter des stratégies budgétaires crédibles et à stimuler la croissance pour contenir les risques liés à l’endettement global.
Situation dans les économies avancées européennes
À la fin du quatrième trimestre 2024, la dette brute des administrations publiques dans la zone euro s’établit à 87,4 % du PIB, en légère baisse de 0,7 point de pourcentage sur le trimestre et stable en glissement annuel. Dans l’ensemble de l’UE, ce ratio atteint 81,0 % du PIB, contre 80,8 % à fin 2023. Le FMI préconise de renforcer la coordination budgétaire au sein de l’Union et d’adopter des politiques axées sur une croissance durable pour contenir les risques liés à un endettement généralisé.
Situation de la dette française en 2024
Selon l’Insee, en France, la dette publique continue de crever le plafond maastrichtien des 60 % du PIB, alourdissant le fardeau des générations futures. Mais du côté privé, la donne est tout aussi préoccupante : l’endettement des sociétés non financières flirte avec 110 % du PIB, tandis que le ratio d’endettement des ménages atteint près de 60 % de leur revenu disponible, un record en dix ans. Cette double contrainte — publique et privée — érode la résilience du système financier et bride le pouvoir d’investissement. Pour y remédier, il est impératif que le gouvernement adopte un cadre budgétaire pluriannuel crédible et crée un environnement propice à l’investissement privé, fondé sur une croissance durable et l’innovation.
Situation de la dette française aujourd’hui
En septembre 2025, la dette publique française s’élève à 113,2 % du PIB, tandis que les dépenses publiques représentent 57,1 % du PIB et les recettes de 51,3 %, plaçant la France parmi les plus endettées de la zone euro. Face à cette situation, le gouvernement a présenté le 15 juillet 2025 un plan pluriannuel visant à réaliser plusieurs dizaines de milliards d’économies dès 2026 pour ramener le déficit sous 3 % du PIB. Selon la Banque de France, dans l’hypothèse d’une politique budgétaire inchangée, le déficit devrait atteindre 5,4 % du PIB en 2025 et la croissance s’établir à 0,7 % cette année, avant de progresser à 0,9 % en 2026 et 1,1 % en 2027, mais l’incertitude fiscale pourrait freiner la consommation et l’investissement privés.
Et la dernière intervention de Mario Draghi à Bruxelles
Dans son discours du 16 septembre 2025 à Bruxelles, un an après son rapport initial, Mario Draghi dresse un constat sévère de l’inertie de l’Union européenne face aux défis technologiques, énergétiques et géopolitiques. Il fustige les « bureaucrates » et la « complaisance » des États membres, appelle à mettre en pause l’IA Act et à accélérer la dérégulation pour libérer l’innovation en intelligence artificielle. Il réclame une émission conjointe de dette européenne pour financer des projets structurants et propose de fédérer les initiatives soit au niveau de l’UE, soit via des coalitions volontaires. Son appel à traiter l’Europe moins comme une confédération rigide et plus comme une fédération agile vise à préserver sa compétitivité et sa souveraineté dans un monde marqué par l’urgence et le retour des rivalités entre grandes puissances.









