Par Gabriel Gaspard
Publié le 11 mars 2025, 09:51
OPINION. Le plus grand risque économique pour l’Europe est la perte de confiance dans la gouvernance américaine. Les trois agences de notation américaines qui se partagent le monde, seront-elles encore transparentes pour les États et les entreprises européennes ?
Pour maintenir un système financier robuste, y compris en période de conflits armés ou de crises, l’Europe a besoin d’agences de notation contrôlées par des capitaux européens avec une supervision communautaire.
Le nouveau plan de la Commission européenne de 800 milliards d’euros pour « réarmer l’Europe« , dévoilé le 4 mars 2025, prévoit quelque 150 milliards d’euros de prêts qui seront mis à la disposition des 27 pays de l’Union européenne pour soutenir leur capacité de défense en Europe. La présidente de la Commission encourage plutôt les États membres à emprunter plus pour leurs dépenses militaires : le nom respects des critères de convergence « permettront aux États membres d’augmenter de manière significative leurs dépenses de défense sans déclencher la procédure de déficit excessif« . Le Parlement allemand veut renforcer la défense et les infrastructures du pays. Il veut aussi revoir le « frein à l’endettement » pour relancer les investissements, etc.
Avec Trump 2.0 et le choc sécuritaire en Europe, avec cinq pays de l’UE qui conservent toujours une dette publique qui dépassent les 95% de leur PIB, l’agence de notation S&P Global abaisse la perspective de la note de la France, etc. Pour sa souveraineté et pour éviter une autre crise des dettes souveraines, l’Europe doit prendre son destin en main et éviter une offensive injustifiée des agences de notations privées américaines.
Mission des agences de notation
Une agence de notation attribue des notes à toute organisation qui fait appel à l’endettement extérieur. Elle évalue la capacité d’une entreprise, d’un État, d’une collectivité, à rembourser sa dette. Le taux d’intérêt attaché à une dette est lié à son niveau de risque. Une dette plus risquée nécessite un taux d’intérêt plus élevé pour attirer les investisseurs. Étant donné que les investisseurs utilisent les avis des agences de notation comme indicateurs du niveau de risque associé à la dette, les notations de crédit jouent un rôle clé dans les taux d’intérêt de différents titres de créances.
Les trois principales agences de notations américaines
Les agences de notation Fitch, Standard & Poor’s (S&P) et Moody’s, détiennent la plus grande part de marché. En 2023, les « Big Three », comme elles sont surnommées, détenaient plus 90 % des parts du marché de l’Union européenne.
La première a été fondée en 1913 par John Knowles Fitch, un entrepreneur de 33 ans. Elle avait un objectif unique pour son entreprise : publier des statistiques financières sur les actions et les obligations. Fitch Ratings a été rachetée en 1997 par la holding française Fimalac, avant de fusionner l’année suivante avec la société britannique IBCA, spécialiste en notation des banques et assureurs. En 2018 Fimalac cède toutes ses parts au média américain Hearst Corporation.
La deuxième S&P ou Standard & Poor’s a été créée par Henry Varnum Poor qui était un analyste financier et s’intéressait à la publication de statistiques financières et Luther Lee Blake, un autre analyste financier souhaitant devenir éditeur financier. Ils ont fusionné les actifs de leurs deux sociétés en 1941.
La troisième Moody’s a été fondée par John Moody en 1909. Elle devient la première société à attribuer des notes (ratings) aux entreprises américaines. En 1918, Moody’s innove en attribuant des notes aux États : le « rating souverain ». Elle n’a effectué que des notations d’obligations d’État jusqu’en 1970.
Dans les années 1970, les principales agences de notation sont passées du modèle de l’investisseur-payeur au modèle de l’émetteur-payeur, c’est-à-dire que les émetteurs voulant être notés ont commencé à avoir recours aux services de ces agences.
Les activités des trois agences sont devenues centrales dans le monde de l’évaluation financière dans les années 1980.
Il est intéressant de constater que plusieurs actionnaires sont à la fois présents dans le capital de Standard & Poor’s et dans celui de Moody’s. Les grands actionnaires des agences de notation de crédit ont-ils influencé le processus de notation ?
Manque d’indépendance, faible fiabilité et un comportement qui amplifie les fluctuations économiques… : tels sont les trois griefs faits aux agences de notation.
Les conflits d’intérêts
Le modèle commercial « émetteur-payeur » est la cause profonde des conflits d’intérêts des agences de notation de crédit. Il faut noter que ce modèle de rémunération a été classé comme l’une des innovations les plus importantes de l’industrie de la notation de crédit pour améliorer la durabilité et la compétitivité de l’industrie dans les temps modernes.
La crise économique et financière de la fin des années 2000 trouve son origine dans l’éclatement d’une bulle spéculative sur le marché immobilier américain. Les agences de notation étaient juges et parties. Elles ont joué un rôle clef dans l’émission et la vente d’investissements pour des prêts hypothécaires à risque. Sans leurs évaluations erronées, le marché n’aurait jamais atteint les dimensions atteintes à cette époque. Les banques qui prêtaient auraient, en fait, dues être soumises à une limite de leur capacité de prêt à un stade plus précoce. Les États-Unis et l’Europe auraient pu éviter la crise financière de 2008.









