Par Gabriel Gaspard
Publié le 04 avril 2025, 18:44
OPINION. Repousser les défis des puissances révisionnistes notamment la Russie et la Chine et préserver l’ordre international ; affronter l’agressivité des États-Unis ; l’Europe peut-elle saisir l’occasion pour devenir la deuxième grande puissance économique mondiale ?
Les clés économiques pour comprendre la situation. En 2008 et la crise des Subprimes, la production de richesse européenne était de 10,36% supérieure à celle des États-Unis alors qu’en 2023 elle était de 48,77% inférieure. De 2008 à 2023, le PIB des États-Unis a augmenté de 84,83% celui de la Chine de 287,58%. En même temps, le PIB de l’Union européenne était de 12,58% (mesuré en dollar courant) soit en moyenne 0,79% par an (source Banque mondiale).
Les conflits économiques des États-Unis avec le Japon, la Chine et l’Europe.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont été, en tant que superpuissance démocratique, le moteur de l’économie internationale. Mais au milieu des années 1980, sous la présidence Reagan, ils ont eu leur première peur. Le Japon, un pays sans défense et protégé par les Américains, est sur le point de devenir la première puissance économique et technologique. En avril 1987, les USA imposent 100% des droits de douane sur certaines importations japonaises, dont l’acier, les voitures… Ils négocient plusieurs accords dans lesquels le Japon accepte de limiter ses exportations. En 1989, la crise immobilière et financière, conséquence des approches américaines coercitives, freine le dynamisme économique japonais et la menace japonaise disparait progressivement du continent américain. Les États-Unis ont ainsi forcé le Japon à transformer son modèle de croissance pour protéger les producteurs américains.
Entre le Reaganomics à la Trumponomics, il y a un fossé. Arrivé au pouvoir en 1981, le Président Reagan, tout en minant l’économie japonaise, a pris plusieurs décisions pour lutter contre une longue période de croissance économique lente (le cas actuel de l’Europe) : réduction des dépenses publiques, réduction des impôts, réduction de la réglementation et ralentissement de la croissance de la masse monétaire pour contrôler l’inflation. Il s’est efforcé de remodeler l’économie américaine par le biais d’une économie libre et du libre-échange. L’approche de Trump dans son premier mandat a suivi en grande partie la tradition de Reagan. Sa principale réalisation législative a été une réduction d’impôt sévère qui n’a pas stimulé l’investissement industriel. Dans son nouveau mandat, le Président Trump utilise une politique interne nationaliste et populiste autoritaire. Pour ses alliés la politique économique adoptée est celle d’un colonialisme financier.
Le conflit économique entre les États-Unis et la Chine diffère des attaques économiques américaines contre les Japonais. L’objectif des États-Unis est de réduire le développement de la Chine, de rééquilibrer les échanges commerciaux en taxant les importations. Ils souhaitent limiter l’accès des entreprises chinoises au marché financier américain et protéger leurs multinationales. Actuellement, la Chine cherche à retrouver la confiance des investisseurs européens.
La Guerre froide intervenue entre les États-Unis et l’Union soviétique ne reposait pas sur un conflit commercial, mais plutôt sur une compétition militaire et spatiale. Aujourd’hui le rapprochement entre la Russie et le gouvernement américain est favorable aux deux parties avec deux économies vacillantes. La Russie est structurellement affaiblie et l’économie des États-Unis en perte de vitesse.
La mondialisation renforce la puissance de la Chine et de l’Europe. En revanche, l’Europe est une proie plus aisée, plus divisée, avec une défense qui n’est rien sans l’OTAN. Les succès de l’Europe dans les secteurs de l’automobile, de l’acier, des semiconducteurs et aujourd’hui l’industrie pharmaceutique sont encore désignés comme la cause de la désindustrialisons des États-Unis.
L’Europe a été une alliée américaine de longue date sur la base de valeurs partagées et d’intérêts démocratiques communs. L’Europe entretient également d’importantes relations économiques avec la Chine centrées sur le commerce et l’investissement. Face aux menaces américaines, la Chine se tourne vers l’Europe et est prête à trouver des accords sur tous les produits stratégiques. L’UE a conclu plus de 40 accords avec plus de 70 pays et régions (accords de partenariat économique, libre-échange, accords d’association). Elle se trouve à la croisée des chemins alors qu’elle a une guerre à ses portes et un désengagement de son principal allié militaire. L’approche de Trump 1.0 était relativement ciblée en concentrant son attention sur l’acier et l’aluminium et sur le secteur automobile. L’approche de Trump 2.0 est un protectionnisme généralisé et aveugle (exemple la guerre contre les programmes DEI promouvant la diversité, l’équité, et l’inclusion, etc.).
Le choix de l’Europe est simple, comment protéger l’ordre international fondé sur des règles ; établir des relations commerciales saines tout en maintenant l’ordre international ; s’armer pour se protéger contre les oligarques des temps modernes (États-Unis, Chine, Russie, etc.) tout en créant la sécurité, l’élargissement et une prospérité durable.
Avec l’expérience japonaise et chinoise, l’administration américaine met en place les mêmes décisions ou lois déjà utilisées, mais modernisées à l’encontre de l’Europe considérée comme une nouvelle menace économique pour les États-Unis.
L’Europe après le Japon, la Chine, le Canada, etc., n’a pas échappé aux hausses des droits de douanes (acier, voitures, …). D’après le Président américain, l’Union européenne a été « formée pour tirer parti des États-Unis« . Trump 2.0 a oublié que la crise financière américaine de 2008 a entraîné une augmentation de la dette publique d’environ 4,8% du PIB dans la zone euro. L’Europe a mis 10 ans pour absorber cette crise, etc.
Les tensions entre les États-Unis et la Chine ainsi que le rapprochement entre les États-Unis et la Russie sont une opportunité : l’UE pourrait devenir la deuxième grande puissance mondiale si elle sait négocier les ententes avec les autres pays démocratiques tels que la Grande-Bretagne, le Canada, Nouvelle-Zélande, l’Australie, etc.









