Par Gabriel Gaspard
Publié le 25 mars 2026, 09:15
Favoriser la productivité et canaliser l’épargne nationale vers infrastructures et projets durables permet d’accroître la croissance sans recourir à l’endettement extérieur. Résultat : emplois qualifiés, croissance élevée et inflation contenue grâce à une offre qui suit la demande.
La dette publique française, en % du PIB, a fortement augmenté depuis 2019 et peut encore croître si le déficit n’est pas réduit. L’idée d’eurobonds, qui mutualisent la dette des 27 États, revient sur la table. Atouts : créer un actif liquide, renforcer l’euro et offrir des taux plus bas aux pays endettés grâce à la garantie des États rigoureux. Mais cette option heurte les contraintes macroéconomiques françaises. Il reste à trouver une croissance productive et durable sans relancer l’inflation ni creuser l’endettement extérieur.
Comprendre la position de la France, l’inflation et la croissance
La position de la France. Le chômage reste élevé. Les accords européens de libre-échange et le dumping chinois freinent la hausse des prix des matières premières et des produits manufacturés. Les Français consomment moins et leur épargne atteint un niveau record. L’euro est fort face au dollar. Il ne reste donc que le risque d’inflation lié à une création monétaire excessive. La France ne suit pas la bonne voie. Sa stratégie risque d’être fortement inflationniste. Elle mise sur une politique de l’offre ambitieuse, mais sans cibler des investissements de haute qualité. Les financements proviennent d’emprunts européens ou des obligations émises par la France, passés exclusivement par le marché financier. Les taux des OAT (obligations assimilables du Trésor) restent élevés. Jusqu’ici, la politique de l’offre a échoué. Dans la zone euro, la France n’a plus de leviers monétaires pour ajuster les taux d’intérêt ou change. Elle répond donc par des réformes structurelles : plus de flexibilité du travail, libéralisation des marchés et compression des dépenses publiques. Il faut repenser les priorités et restaurer une politique monétaire crédible.
L’inflation désigne une hausse généralisée et durable des prix. Elle réduit le pouvoir d’achat de la monnaie. Autrement dit, avec la même somme, on achète moins qu’avant. Quatre facteurs expliquent le plus souvent ce phénomène.
Un : l’inflation par les coûts. Quand les matières premières se renchérissent, les coûts de production augmentent. Quand le chômage est faible, les salaires montent pour attirer des employés. Les entreprises répercutent ces coûts sur les prix pour préserver leurs marges. Si les salaires sont indexés, la hausse des prix alimente une nouvelle hausse des salaires. Un cercle vicieux peut alors s’installer.
Deux : l’inflation par la demande. Quand la demande dépasse l’offre disponible, les prix grimpent. Les entreprises investissent et embauchent, ce qui stimule encore la demande. Tant que la production ne rattrape pas la demande, la hausse des prix se poursuit. Ce scénario survient souvent lors d’une sortie de récession ou d’une reprise hésitante.
Trois : l’inflation importée. Si la monnaie se déprécie face aux devises de facturation mondiale, le coût des importations augmente. Les ménages et les entreprises subissent ce renchérissement. Il peut aussi provenir d’une forte hausse des cours mondiaux de l’énergie ou des produits agricoles, liée à des tensions internationales.
Quatre : l’inflation par excès de création monétaire. Si la quantité de monnaie en circulation augmente trop vite, les prix peuvent s’envoler. L’économie de l’Union européenne met l’accent sur ce mécanisme.
La croissance économique mesure l’augmentation de la richesse produite sur une période donnée. Cette richesse se mesure par le PIB. La hausse du PIB peut venir d’une augmentation des quantités produites ou d’une hausse des prix. La croissance nominale, dite « en valeur », intègre l’inflation. La croissance réelle, dite « en volume », corrige l’inflation et ne retient que l’accroissement des quantités. C’est cet indicateur qui est privilégie. Toutefois, le PIB ne donne que des éléments quantitatifs qui ne sont pas toujours pertinents pour analyser des niveaux de bien-être.
Tous les pays visent la croissance. Elle crée des emplois. Elle facilite le remboursement des dettes publiques et privées. Une hausse de la richesse accroît les recettes fiscales : TVA, impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu. Ces recettes donnent à l’État des marges de manœuvre pour investir ou réduire son déficit. Plus généralement, la croissance reflète l’augmentation de la production, donc de la consommation et du pouvoir d’achat, sous réserve d’une répartition équitable des gains et des effets du commerce international. Si la population augmente, le PIB par habitant baisse. C’est la croissance par habitant qui compte le plus pour le niveau de vie. L’absence de croissance pèse sur les finances publiques, complique le remboursement de la dette et alimente le chômage. Certains dénoncent la quête incessante de croissance pour ses coûts écologiques et sociaux. Des économistes prônent même la décroissance pour préserver la planète. La production accrue consomme plus de ressources, émet plus de gaz à effet de serre et génère plus de déchets. D’autres estiment que le progrès technologique permet de produire plus avec moins d’impact. L’économie se tertiarise : les services représentent aujourd’hui la majeure partie du PIB dans de nombreux pays. La croissance peut donc se poursuivre sans dégradation environnementale majeure si les gains de productivité et les innovations technologiques réduisent l’empreinte écologique. La croissance dépend enfin de l’accumulation des facteurs de production et de la hausse de la productivité globale des facteurs, largement portée par le progrès technique, qui est endogène et s’accompagne d’un processus de destruction créatrice.









