Par Gabriel Gaspard
Publié le 05 janvier 2026, 12:13
L’Europe doit s’armer, décarboner, innover, sécuriser, se réindustrialiser et renforcer sa souveraineté démocratique. Elle doit investir 3 000 milliards d’euros en 4 ans, réduire sa dépendance aux États-Unis et contenir la Russie. Il faut agir aujourd’hui ou accepter la déchéance demain.
L’Europe face à la doctrine américaine.
La National Security Strategy américaine de novembre 2025 a suscité en Europe des réactions officielles mêlant rejet du ton perçu comme intrusif et volonté d’accélérer l’autonomie stratégique. La France a réaffirmé son engagement pour une Europe plus souveraine et pour le renforcement des capacités industrielles et de défense dans le cadre d’un partenariat renforcé avec l’Allemagne. Le RoyaumeUni souligne l’importance des alliances mais met l’accent sur le renforcement de ses propres capacités souveraines et sur une coopération pragmatique avec ses alliés. Les pays d’Europe centrale, en particulier la Pologne, insistent sur la nécessité de garanties claires pour l’Ukraine et d’un soutien transatlantique solide tout en appelant l’UE à accélérer les investissements en défense et la coordination opérationnelle. Au niveau européen, le Conseil et le Conseil européen ont réagi en rappelant l’urgence d’accroître les dépenses et la coopération en matière de défense, d’agréger la demande, d’harmoniser les exigences et d’utiliser de nouveaux instruments financiers pour renforcer la base industrielle et technologique de défense européenne. L’Allemagne a souligné la nécessité d’une approche globale de sécurité, incluant résilience économique et diversification des approvisionnements, et a engagé des réformes institutionnelles pour mieux coordonner la politique de sécurité nationale. Ces positions montrent un consensus croissant sur la nécessité d’agir rapidement pour réduire les dépendances stratégiques, renforcer la résilience énergétique et industrielle, et combiner autonomie européenne et coopération transatlantique.
Populismes et modèles économiques : comprendre l’écart transatlantique.
Le premier critère est la forme du populisme et la résilience des institutions. En Europe, le populisme est varié mais encadré par des systèmes parlementaires et des contrepouvoirs. Aux États-Unis, il est plus personnalisé et polarise fortement. Le second critère porte sur le modèle socioéconomique. L’Europe privilégie l’Étatprovidence et la régulation. Les États-Unis favorisent le marché, la dérégulation et le leadership charismatique. Ces différences expliquent des réponses politiques distinctes aux mêmes chocs.
Où en est le plan Draghi, censé sauver l’économie européenne ?
Le 9 septembre 2024, Mario Draghi a remis à la Commission un rapport de référence sur la compétitivité européenne. Resté sans suite, ce rapport alerte sur des risques concrets pour la résilience : énergie, industrie, défense, souveraineté. Ne pas appliquer ses recommandations affaiblira la capacité de réponse aux crises ; le retard coûtera cher, financièrement et stratégiquement. Il faut sortir de l’immobilisme et investir vite pour protéger l’économie, l’emploi et la sécurité des citoyens. En 2025, la BCE estime les besoins annuels d’investissement 2025-2031 à près de 1 200 milliards d’euros (contre 800 milliards d’euros un an plus tôt). Pour la défense, si le PIB de l’UE est 17 981 milliards d’euros, passer de 2% à 5% du PIB représente un surcoût d’environ 3% du PIB, soit ≈ 540 milliards d’euros par an.









