Accueil / Vu dans la presse / Budget : « La France coule, les retraités sacrifiés »

Budget : « La France coule, les retraités sacrifiés »

Par Gabriel Gaspard

Publié le 09 septembre 2025, 11:36

OPINION. Le budget 2026 vise à économiser près de 15 milliards d’euros sur les postes liés aux retraités, dans un plan global de 30 milliards d’euros d’économies, 13,8 milliards d’euros de hausse de prélèvements obligatoires et de 29 milliards d’euros d’augmentation de dépenses. C’est une volonté de fragiliser au nom de la rigueur une classe qui contribue à accorer l’économie française.

« Tous les hommes politiques appliquent sans le savoir les recommandations d’économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom » John Maynard Keynes. Ce constat résonne particulièrement en France, où les orientations politiques semblent trop souvent dictées par des doctrines économiques anciennes, parfois déconnectées des réalités contemporaines.

La conséquence pour la France : un pilotage économique à l’aveugle

Au cours des 30 dernières années, le produit intérieur brut (PIB) des États-Unis a connu une croissance impressionnante de +281,94 %, tandis que celui de l’Union européenne s’est accru de 133,98 %. Dans le même temps, le PIB de la France n’a progressé que de 125 % (en dollars courants, selon les données de la Banque mondiale).

Ce décalage met en évidence un ralentissement préoccupant de la dynamique économique française, en particulier face à la puissance américaine et chinoise. En France, plutôt que d’aborder en profondeur les freins structurels à la productivité, à l’investissement et la transition écologique, les réformes se concentrent souvent sur des mesures socialement sensibles, comme celles qui touchent les retraites.

Une fiscalité en déséquilibre : les retraités ciblés, les plus riches épargnés

À force de vouloir réduire l’économie à des slogans, certains politiques empruntent des raccourcis périlleux. Il est souvent avancé que les retraités bénéficient d’une aisance excessive : leur niveau de vie serait supérieur à celui des actifs, et ils possèderaient une part importante du patrimoine financier des ménages. Si certaines de ces données sont fondées, leur usage politique tend à simplifier la réalité sociale et peut conduire à justifier une fiscalité plus lourde à leur égard.

Pendant ce temps, les grandes fortunes sont ménagées au nom du sacro-saint dogme de la compétitivité. Taxer les plus riches ? Ce serait, dit-on, les faire fuir, nuire à l’emploi, décourager l’innovation. Un discours bien rodé, qui épargne une minorité au détriment de millions de retraités dont la situation est bien plus contrastée.

Loin de rééquilibrer les efforts, on assiste à une logique inverse : pénaliser ceux qui ont cotisé et économisé toute leur vie, tout en préservant ceux qui concentrent les ressources. Ne serait-il pas plus constructif d’investir intelligemment dans l’économie réelle, en aidant les entreprises à innover et créer des emplois ? Plutôt que d’opposer les classes sociales, il serait temps de revoir notre modèle économique et de réconcilier solidarité et performance.

Le tournant fiscal de 15 milliards d’euros du projet de budget 2026

Le projet de budget 2026 présenté par le Premier ministre marque un tournant fiscal pour les retraités, qui figurent parmi les principales cibles des mesures d’économies. Voici pourquoi les seniors seraient imposés à 15 milliards d’euros :

  • 1. Suppression de l’abattement fiscal de 10 %. Il sera remplacé par un forfait fixe de 2 000 euros par personne, le rendement fiscal est d’environ 5 milliards d’euros ;
  • 2. Gel des pensions : une « année blanche ». Les pensions de retraite ne seront pas revalorisées en 2026, cela entraîne une perte de pouvoir d’achat pour les 17 millions de retraités concernés. Cette réforme vise à économiser selon l’OFCE 3,7 milliards d’euros. Une évaluation élargie incluant les prestations sociales est estimée à plus de 7 milliards d’euros ;
  • 3. Gel du barème fiscal. Impact budgétaire estimé à 1,2 milliards d’euros ;
  • 4. Réduction des remboursements de médicaments. Certains médicaments ne seront plus remboursés à 100 % ; le gouvernement souhaite réévaluer régulièrement l’éligibilité au dispositif ALD ; etc. ;
  • 5. Doublement de la franchise médicale. La franchise annuelle sur les remboursements de soins et médicaments passerait de 50 à 100 euros ; la franchise par boîte de médicament passerait à 1 euro (au lieu de 0,50 euros) ;
  • 6. Suivi des arrêts maladie. Pour les arrêts de plus de 30 jours, le passage obligatoire chez le médecin du travail pourrait être supprimé, sauf en cas d’accident ou maladie professionnelle, Cette mesure pourrait compliquer le retour au travail des seniors actifs ;
  • 7. Objectif budgétaire santé. Pour les points 3,4 et 5 le gouvernement n’a pas publié de chiffre exclusif pour les retraités, la part significative qui les concerne est estimée à 2 milliards d’euros (en raison de leur consommation médicale plus élevée) des 5 milliards d’euros prévus pour la santé.

(Sources : presse quotidienne, Sénat, Logements seniors, OFCE, Pleine Vie, Cap retraire, caducee, Retraites-unsa, Seniors actu, etc.)

30 milliards de dépenses en moins et 29 milliards de dépenses en plus.

Le gouvernement vise une baisse du déficit public à 4,6 % du PIB, grâce à un effort combiné de : 30 milliards d’euros d’économies sur les dépenses publiques et 13,8 milliards d’euros de hausses de prélèvements obligatoires.

À politique constante, les dépenses publiques seraient amenées à augmenter de 59 milliards d’euros. Pour contenir cette dynamique, le gouvernement prévoit : 13 milliards d’euros d’économies via la réduction des crédits ministériels et des agences, 10,9 milliards d’euros grâce à la réforme de l’assurance maladie et 6,1 milliards d’euros issus du gel des dotations aux collectivités et de la baisse des investissements.

La hausse de 59 milliards d’euros se traduit donc par : 30 milliards d’euros d’économies (réduction de dépenses) et 29 milliards d’euros de dépenses supplémentaires maintenues malgré les ajustements.

Les retraités représentent un poids économique majeur, mais aussi une source de financement et de dynamisme pour l’économie française.

LIRE LA SUITE

Étiquetté :

En savoir plus sur Le blog de l'économie Écosociale (écologique, sociale et citoyenne)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture