Par Gabriel Gaspard
Publié le 12 novembre 2025, 08:30
En perte d’influence dans l’économie mondiale, l’Europe doit réagir après l’accord commercial UE avec les États-Unis : renforcement et intégration de son marché unique, durcissement des partenariats, détachement de l’OMC et intégration régionale pour préserver son modèle face aux tensions USA–Chine.
En 2025, l’Europe fait face à un recul relatif dans l’ordre économique mondial. Le « Brussels effect », qui permet à l’UE d’imposer ses normes à l’échelle mondiale, est fragilisé par une dépendance excessive à la régulation et une attractivité commerciale en déclin. Dans un contexte de rivalité croissante entre grandes puissances, l’UE doit maitriser sa coopération avec les États-Unis après que le Conseil du commerce et des technologies succomba à l’arrivé de Trump, tout en équilibrant ses relations avec la Chine. Pour renforcer sa position après l’accord-cadre Turnberry (Ecosse) avec les États-Unis, l’UE est appelée à bâtir un ordre commercial en dehors de l’OMC, avec un marché unique et intégré, à travers des traités internationaux égalitaires en droits de douanes et une intégration accrue de ses voisins dans son espace économique et réglementaire.
Le recul de l’UE face aux États-Unis et à la Chine.
De 2008 (crise des subprimes déclenchée par les États-Unis) à 2023, le PIB des États-Unis a augmenté de 84,83% celui de la Chine de 287,58%. En même temps, le PIB de l’UE a augmenté de 13,56% (mesuré en dollar courant source Banque mondiale). Ce contraste saisissant souligne le ralentissement relatif de la croissance économique de l’UE, mettant en lumière ses défis structurels, démographiques et géopolitiques face à des géants plus dynamiques.
La fin du Brussels effect.
L’arrivée de Trump 2.0 soulève de sérieuses interrogations sur la pérennité du Brussels effect, ce phénomène par lequel les normes réglementaires de l’Union européenne influencent les pratiques mondiales, même en dehors de son territoire. Selon Oxford Law Blog, Trump 2.0 marque un retour en force de la déréglementation américaine, avec des mesures qui affaiblissent les standards internationaux.
D’après le European Policy Centre, plusieurs facteurs convergent : déclin relatif du poids économique de l’UE, montée en puissance des géants technologiques américains, hostilité envers les institutions multilatérales, tarifs douaniers punitifs de 15% imposés par Trump sur les produits européens.
L’UE est poussée à bâtir un ordre commercial en dehors de l’OMC.
L’Union européenne ne doit pas renoncer à l’OMC, mais plutôt construire un ordre commercial parallèle : plus souple, plus normatif, plus stratégique. Elle doit réinventer ses modes de négociation et apprendre à fonctionner de manière autonome. Elle doit multiplier les partenariats ciblés selon ses ambitions, tout en protégeant ses intérêts dans un monde où le multilatéralisme ne peut plus être tenu pour acquis. Ainsi, elle doit imaginer une nouvelle manière de s’affirmer dans le commerce mondial, fidèle à ses valeurs mais armée pour les turbulences de ce siècle.
L’UE doit s’émanciper partiellement des règles traditionnelles et déployer une diplomatie économique plus agile. Elle doit utiliser ses normes environnementales, sociales, sanitaires, comme instruments d’influence et imposer leur respect dans ses accords commerciaux. Les États membres doivent se coordonner pour faire bloc.
Tableau récapitulatif des échanges UE–États-Unis et UE–Chine (2024)
| Type d’échange | UE/USA | USA/UE | UE/Chine | Chine/UE |
| Biens | 584 Md€ | 357 Md€ | 213,2 Md€ | 519 Md€ |
| Services | 334,5 Md€ | 482,5 Md€ | 67,3 Md€ | 45,5 Md € |
| Total échanges | 918,5 Md€ | 839,5 Md€ | 280,5 Md€ | 564,5 Md€ |
| Solde UE | 79 Md€ | –284 Md€ | ||
L’Union européenne (UE) entretient des échanges commerciaux importants avec les États-Unis et la Chine. En ce qui concerne les échanges de biens, l’UE exporte vers les États-Unis pour un montant de 584 milliards d’euros, tandis qu’elle en importe 357 milliards, générant ainsi un excédent commercial. Avec la Chine, la situation est inversée : l’UE exporte pour 213,2 milliards d’euros de biens, mais en importe pour 519 milliards, ce qui représente un déficit commercial important.









