Par Gabriel Gaspard
Publié le 31 octobre 2025, 11:30
L’économie française est en chute libre. Les plans de redressement, bien qu’ambitieux, freinent sans amortir. La solution ne réside plus uniquement dans la réduction des dépenses publiques, … : seule une stratégie citoyenne, tournée vers la création de croissance, peut offrir une issue durable.
Le projet de loi de finances 2026 vise à ramener le déficit public à 4,7% du PIB en 2026, puis à moins de 3% en 2029, sur la base d’une croissance estimée à +1% du PIB. Pour atteindre ces objectifs, l’État s’appuie sur une double trajectoire : maîtriser deux tiers de l’effort par la réduction des dépenses publiques — pilotage rigoureux de la masse salariale, recentrage des aides aux entreprises et révision des projets d’investissement — et renforcer les priorités stratégiques à hauteur de +10,5 Mds€ (défense, transition écologique, éducation, justice). Les collectivités territoriales limiteront leur hausse de fonctionnement à +2,4 Md€ en 2026. Ce plan concilie restauration des marges de manœuvre budgétaires, préservation du modèle social et soutien de la confiance économique face aux aléas internationaux.
L’État n’a pas retenu les conseils du comité d’évaluation du plan France Relance. Le rapport final du Comité d’évaluation du plan France Relance (100 Md€ lancé en 2020) livre une évaluation indépendante de son impact macroéconomique et sectoriel. Il montre que les premiers ajustements budgétaires — réduction des dépenses, hausse de recettes ou « année blanche » — ont permis de stabiliser les comptes publics et de relancer l’activité en 2021-2022. Toutefois, pour bâtir une croissance réelle et soutenable, le rapport recommande dès 2023 d’orienter massivement les financements vers des investissements citoyens à fort effet de levier : rénovation énergétique des logements privés et publics, infrastructures numériques et écologiques, renforcement de la formation professionnelle et dispositifs d’innovation sociale. Ce basculement d’une stratégie conjoncturelle d’austérité vers des projets structurants est jugé indispensable pour créer un moteur de croissance à court et long terme.
Le PLF 2026 cristallise le débat : six partis dessinent chacun une trajectoire budgétaire selon leurs priorités. Ce comparatif synthétique fait apparaître les cibles de déficit, les mesures clés et leurs effets sur le pouvoir d’achat et la croissance, pour éclairer convergences et compromis.
| Parti | Cible économies / déficit | Objectif (% PIB) | Mesures clés | Effets attendus |
| Ancien Gouvernement (MoDem) | 15 Md€ | 4,60% | Réduction des dépenses publiques ; modération salariale | Stabilité du pouvoir d’achat ; croissance modérée |
| Les Républicains (LR) | 20 Md€ | 3,50% | Baisse de l’IS ; réforme retraites ; réduction des effectifs | Relance privée ; préservation du revenu disponible |
| Rassemblement national (RN) | 25 Md€ | 3% | Protectionnisme fiscal ; réduction de l’immigration ; relance industrielle | Renforcement du pouvoir d’achat national ; modération inflation |
| Parti socialiste (PS) | 10 Md€ | 4% | Renforcement services publics ; fiscalité sur les plus riches ; réforme de la politique de l’offre | Pouvoir d’achat des classes moyennes ; croissance verte |
| La France insoumise (LFI) | 5 Md€ | 5% | Augmentation des salaires ; massifs investissements publics & écologiques ; taxation hauts revenus | Relance conso ; transition énergétique accélérée |
| EELV | 8 Md€ | 4,50% | Investissements renouvelables ; taxe carbone ; transports en commun | Croissance verte ; meilleure qualité de vie urbaine |
Ce décryptage met en lumière les forces et les limites des six trajectoires. Pour imaginer une sortie de crise durable, il faudra dépasser les seuls ajustements comptables et mobiliser l’intelligence collective de chaque citoyen :
- Investir pour relancer la croissance
La chute nette de la TVA (de 149 Md€ en 2017 à 101 Md€ en 2025) illustre le ralentissement économique. Le déficit public atteint 5,8% du PIB, la dette 113%. Une TVA sociale pourrait compenser mais risquerait de pénaliser le pouvoir d’achat si les entreprises n’en répercutent pas les effets sur les prix. Pour stimuler l’économie, des livrets réglementés spécialisés (santé, sécurité, écologie…) gérés par des établissements publics pourraient être créés. Avec un taux d’épargne élevé (18,2%), ces livrets offriraient flexibilité, sécurité et rendement. Un investissement annuel de 47 Mds€ générerait 20 Mds€ de recettes fiscales supplémentaires grâce à un multiplicateur budgétaire de 1.
II. Provisionner les retraites des fonctionnaires
Inspiré du modèle québécois, le projet vise à provisionner les pensions via un redimensionnement du Fonds de réserve pour les retraites (FRR). Celui-ci serait alimenté par des bons du Trésor à taux fixe, exonérés d’impôts et garantis par l’État. Placés dans un établissement public, ces fonds contribueraient au développement économique. Un concours citoyen de 600 Md€ (équivalent à l’encours du Livret A et LDDS) permettrait de générer une richesse nette de 10 Md€ d’ici 2060, en combinant rendement financier et baisse des dépenses publiques.
III. Réduire l’endettement extérieur
Le programme de financement 2025 prévoit 300 Md€ d’émissions nettes. Pour alléger l’engagement financier de l’État, la mobilisation de l’épargne nationale via des livrets réglementés et des bons du Trésor, et l’emprunt direct à la BCE via un établissement de crédit public serait une solution rentable. Juridiquement, cela est possible selon l’article 123-2 du traité de Lisbonne, qui autorise les banques centrales à traiter les établissements publics comme les privés. Cette stratégie permettrait de limiter l’endettement extérieur tout en finançant les investissements publics.
IV. Repenser la politique de l’offre et créer 700 000 entreprises
Malgré les aides massives (211 Md€ d’après le Sénat), la productivité française stagne (0,85 %/an entre 1990 et 2022). Une réduction de 10 Md€/an sur 5 ans est facilement envisageable en ciblant mieux les subventions : soutien à la R&D, conditionnées au chiffre d’affaires réalisé en France, financement des ETI via la Bourse. Un fonds unique pour les PME/PMI attribuerait des prêts à taux zéro pour créer 700 000 entreprises innovantes par an, favorisant un développement régional équilibré.
V. Créer un pacte territorial pour la ruralité
Un Fonds régional de développement durable (FRDD) de 80 milliards d’euros sur dix ans permettrait de créer un million d’emplois dans 96 % des 34 449 communes de moins de 9 000 habitants. Activer cette épargne citoyenne via le LDDS mobiliserait en moyenne 8 Md€ par an pour financer la transformation industrielle et le recyclage local, la réhabilitation de logements insalubres et l’implantation de centres de vie intercommunaux (santé, mobilités douces, commerces, services publics). Chaque milliard investi dans ces infrastructures générerait 12 000 emplois directs dans la construction et les services. Pour préserver la confiance des épargnants, un comité de suivi indépendant instaurerait un rapport annuel détaillant les projets soutenus, leurs bénéficiaires et les indicateurs d’impact. Géré par un établissement public à gouvernance paritaire associant citoyens, élus, partenaires sociaux et ministères, le FRDD incarnerait une nouvelle alliance entre acteurs publics et privés, transformant l’épargne populaire en moteur d’emploi durable, de cohésion sociale et de transition écologique, tout en réalisant des économies pour les finances publiques et redonnant vie aux territoires oubliés.
En conclusion. Il vaut mieux mobiliser l’excédent de l’épargne des ménages pour répondre aux défis des budgets 2026 et suivants, via une politique écosociale — écologique, sociale et citoyenne — que recourir à des emprunts bancaires ou à des réductions de dépenses injustes. Cette approche renforce la cohésion nationale, stimule l’économie et respecte les priorités des citoyens.









