
Par Gabriel Gaspard
Publié le 25/07/2022 à 14:13
ANALYSE. Avec des pénuries d’énergies, une hausse des prix qui va se prolonger, une guerre en Ukraine qui plombe l’économie, une augmentation du budget de l’armée le gouvernement doit rediriger une part importante des dépenses de paix vers des dépenses de guerre. Va-t-il recourir aux impôts, aux emprunts ou à la réforme du modèle social ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
« Économie de guerre »
Le Président a annoncé le 15 juin 2022 que la France est entrée dans une « économie de guerre », c’est-à-dire une économie dans laquelle les besoins de la guerre sont satisfaits prioritairement. Dans une telle économie le pouvoir d’achat d’une population est ponctionné au profit d’un appareil de guerre. Le président souhaite faire voter en 2023 une nouvelle loi de programmation militaire :
« nous aurons besoin d’une nouvelle planification, d’investissements ajustés dans la durée et des investissements qui s’inscriront dans une vision large qui articule notre souveraineté, notre indépendance de décision, notre vision du monde, avec les engagements et les réponses élaborées avec nos alliés dans le cadre de la Boussole stratégique de l’Union européenne, du concept stratégique de l’OTAN et des partenariats stratégiques qui structurent notre action ».
En même temps dans son interview télévisée du 14 juillet 2022, il a réaffirmé : « il n’y a pas de modèle social s’il n’y a pas de travail pour le financer« , c’est la raison pour laquelle il faut réformer l’assurance-chômage, le RSA, le régime de retraite, etc.
Mais avec des pénuries, une inflation qui dure, un euro faible on ne peut pas ne pas songer avec anxiété aux conséquences monétaires de ces réformes qui nous attendent. Comment la France va-t-elle financer ce choc : à crédit, par des nouveaux impôts ou par une « rigueur » sociale ?
Origine des pénuries
L’origine des pénuries sont les déséquilibres apparus sur les marchés des biens à la suite de la pandémie de la covid-19. Les pénuries d’énergie sont la conséquence d’origine géopolitique et de la guerre ukrainienne. De nombreux produits commencent à se faire rares sous l’effet de multiples facteurs : la covid-19 qui a créé une pénurie de travailleurs et qui a réduit la capacité de production dans le monde, des distorsions de la demande dues aux changements de comportement d’achat des citoyens et le fait que les systèmes de fabrication et de logistique fonctionnaient à leur capacité maximale. L’inflation actuelle en est le résultat.
Allons-nous vers une hyperinflation ?
L’hyperinflation peut être créée par l’injection massive de liquidités par la Banque centrale européenne BCE. La véritable origine est le « quoi qu’il en coûte », le plan de relance européen et le programme d’achat d’urgence des dettes des États par la BCE face à la pandémie (PEPP). Cette création massive de monnaie conduit à un affaiblissement de celle-ci.
Dans un marché financier énergique, les prix du marché indiquent la valeur réelle d’un actif. Avec beaucoup de liquidités cette valeur n’est plus en accord avec la vie économique réelle. Les épargnants se jettent sur des actifs plus risqués tels que la cryptomonnaie ou les obligations « pourries ». Avec l’arrivé de plusieurs indices d’augmentation de l’inflation et de récession, les agents économiques ont alors tendance à fuir devant la monnaie, ici l’euro. Il y a moins de confiance et un recours à des devises ou des valeurs fortes et stables tel que le dollar américain. On se retrouve avec un euro affaibli pour régler les importations en dollars. Il y a une augmentation progressive du niveau général de prix et du coût de la vie et conduit à une inflation supplémentaire.









