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Sortir des crises en revenant à l’esprit économique initial du Conseil national de la Résistance

Par Gabriel Gaspard

Publié le 21 janvier 2025, 08:55

OPINION. Il y a 80 ans, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), rendu public en novembre 1944, a fixé l’ossature d’un modèle économique et social français unique. Avec la Ve République la France a connu un capitalisme planifié et social jusqu’en 1970. À partir de cette date le grand souffle libéral a changé la donne. Les réformes successives de la constitution du 4 octobre 1958, des lois du capital et des Traités européens n’expliquent-elles pas en grande partie les crises d’aujourd’hui ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.

Les jours heureux. Le programme du CNR appelé « les jours heureux » a défini trois catégories de mesures :

  • politiques comme le rétablissement de la démocratie, du suffrage universel et de la liberté de la presse, etc. ;
  • économiques comme « l’instauration d’une véritable démocratie économique,etc. »;
  • sociales comme le réajustement important des salaires, le rétablissement d’un syndicalisme indépendant et « un plan complet de sécurité sociale, » etc.

Ces mesures ont pu s’appliquer dans un pays ravagé par la guerre. Le PIB américain représentait quinze fois le PIB français. Aujourd’hui, on ne comprend pas pourquoi, dans une France regorgeant de richesses, elle est incapable de réaliser des changements de même ampleur ?

Cette tribune tente de rendre compte des fluctuations du système économique français dans son ensemble depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’à nos jours, tout en mettant en lumière les principaux actes qui ont brisé la dynamique économique.

De 1944 à 1973, les trente glorieuses. On a retenu une expansion sans précédent dans une économie de paix du lendemain de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au choc pétrolier de 1973. Les principaux événements sont :

  • Au mois de mars 1944, le CNR propose son plan complet pour la Sécurité Sociale « visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail », avec une gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État. De 1944 à 1973,12 lois furent promulguées pour arriver à la création de trois caisses- santé, vieillesse, famille – avec un alignement des cotisations et droits des régimes de retraite des indépendants avec ceux des salariés, etc. Durant cette période, les régimes généraux ont été gérés d’une façon équilibrée. Le rythme soutenu des dépenses dans cette période s’inscrivait dans un contexte de croissance forte du PIB.Celle-ci est de 5% en moyennepar an : 6,84% en 1962, 7,11% en 1979 et 4,49% en 1968, etc.
  • Signé le 20 juillet 1944,les accords de Bretton Woodsont décidé d’une série de nouvelles règles pour le système monétaire international afin de garantir un système avec des parités fixes (à ±1%) entre les devises des participants et le dollar garanti par l’or. Les deux principales réalisations ont été la création du Fonds Monétaire international (FMI) et de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). En 1971, le Président Richard Nixon a suspendu cette convertibilité en or et les taux de change flottants sont devenus la norme pour les monnaies des grandes nations industrialisées. La fin du régime de changes fixes par rapport au dollar fut actée en mars 1973. Le Franc fut dévalué de 78% face à l’or du 26 décembre 1945 au 10 août 1968 à la suite du choc salarial de mai 1968. Les accords de Bretton Woods furent le moteur des trente glorieuses. Les institutions mises en place par ces accords ont permis de gérer une économie mondialenéolibérale.
  • Avec la victoire de alliés le 8 mai 1945, la France bénéficiedu plan Marshall de 1948 à 1951: 2.7 milliards de dollars (égaux à 35,8 milliards de dollars à fin 2024) soit près de 10,5% du PIB, dont 226 millions de dollars de prêts. Le 13 juillet 1962,la France rembourse par anticipation le solde de 293,4 millions de dollars. Il y a eu un recul du ratio d’endettementde 270% du PIB en 1944 à environ 15% du PIB à la fin de 1960date du nouveau franc qui succéda au franc Bonaparte.Au 1er décembre 1960 le PIBpar habitant était de 1 005,39 euros pour la France et 2 269,8 euros pour les États-Unis. En 1973 il atteint 3 742,9 euros pour la France et 5 078,9 euros pour les États-Unis (voir taux de change). Le plan Marshall fut à l’origine de la création de l’OCDE et del’Union européenne des paiementsqui a facilité le commerce intra-européen.
  • L’État joue un rôle important. Il nationalise les banques et l’énergie en 1945, le charbonnage en 1946. Il est responsable de la croissance économique qu’il doit réguler et du bien-être social qu’il doit assurer. Un commissariat au plan est également créé pour organiser l’économie.
  • La constitution de laVe République du 4 octobre 1958a été adoptée par le Peuple français par le référendum du 28 septembre 1958 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum » Article 3. Le PIB annuel atteint38 962 millions d’euros, soit 879,72 euros par habitant en 1958.

Pourtant, début 1958, devant une situation financière inquiétante, la France doit solliciter le secours du FMI (600 millions de dollars). L’inflation atteint 15%, les dépenses provoquées par la guerre d’Algérie et la fin du soutien américain contribuent à une forte hausse du déficit public : 10 milliards de Francs en 1957 et 1 200 millions de dollars de déficit de paiements courants. Cette crise a ramené le général de Gaulle au pouvoir. Alors chef du gouvernement, il fait appel à un économiste Jacques Rueff et avec le ministre des Finances Antoine Pinay ont redressé de façon spectaculaire les comptes de la France.

Antoine Pinay et son directeur de cabinet André Yrissou sont convaincus de la nécessité pour le moyen terme de lancer d’abord un emprunt. Le 17 juin, ils s’engagent dans un projet attirant pour l’épargnant français : un intérêt de 3,5%, avec un long amortissement de 54 ans. Les revenus des titres sont exonérés de l’impôt sur le revenu et sur les droits de succession et indexés sur l’or. L’emprunt rapporte 325 milliards de F courants.

De son côté, Jacques Rueff impose une thérapie de choc : limitation des subventions de l’État au entreprises nationales, une dévaluation massive du franc, une baisse des dépenses publiques pour pouvoir ensuite défendre la stabilité du franc et introduire le nouveau franc. Pour les investissements publics, il va distinguer le logement social financé par l’État sur un budget extraordinaire et le logement « privé » financé par l’épargne.

De 1973 à 2023-2024, une indiscipline budgétaire et une constitution qui va dans le sens du pouvoir.

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