Par Gabriel Gaspard
Publié le 19 février 2024, 08:54
OPINION. Le chiffre fait très mal : la charge de la dette de la France va atteindre 48 milliards€ en 2024, avant de s’aggraver à 74 milliards d’euros en 2027 soit au total 245 milliards d’euros sur 4 ans. La dette publique est détenue pour 57,3% par des étrangers. Comment éviter ce gaspillage et relancer la croissance ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
L’objectif de cette tribune est d’étudier les investissements publics avec des fonds citoyens et d’en discuter les arguments et les effets.
Il faut revenir à la devise de la France : Liberté, Égalité, Fraternité et à un concept économique simple : l’économie doit travailler pour les citoyens. L’État ne doit pas être contraint d’emprunter via les banques privées. Il faut laisser au citoyen le choix de décider de l’affectation de son épargne.
Une charge de la dette explosive, une croissance modérée. Publiée au journal officiel le 19 décembre 2023, la loi de programmation des finances publiques (LPFP) pour les années 2023 à 2027 prévoit que la charge de la dette devrait passer à 48,1 milliards d’euros en 2024, 57 milliards en 2025, 65,1 milliards en 2026 et 74,4 milliards d’euros en 2027 soit un total de 245 milliards d’euros sur 4 ans. La croissance est estimée à 0,9% en 2024 et 1,6% en 2026. L’inflation de 2,5% en 2024 s’affaiblirait à 1,7% en 2026 (Banque de France). Il ne faut pas espérer résoudre l’équation de la dette publique avec en plus un chômage en progression. Le taux de chômage augmenterait à 7,5% en 2024 pour atteindre 7,8% en 2025, avant de revenir à 7,5% fin 2026.
La dette à long terme détenue par les non-résidents. Selon les données de la Banque de France au 30 juin 2023, la part des non-résidents dans la détention de la dette française s’établit à 57,3%. C’est-à-dire 1.746 milliards d’euros sont détenus par des étrangers. La part des banques résidentes n’est que de 8%. À titre de comparaison, au Japon, la dette publique est détenue à plus de 90% par des investisseurs locaux. Avec la charge de la dette, la France va s’appauvrir de 140 milliards d’euros sur la période 2024-2027.
Faut-il réduire la dette publique ou créer de la croissance par l’investissement ?
L’État pourrait augmenter les impôts, mais il n’a plus les marges de manœuvre nécessaires. Les prélèvements obligatoires sont passés à 45,4% du PIB en 2022, les dépenses contraintes des ménages sont à 38% de leurs revenus disponibles.
L’État pourrait décider de ne rien faire et de vivre avec un niveau de dette plus élevé, mais cette dette comporte des coûts irrécupérables. Avec des dettes élevées, l’État ne peut plus répondre à ses missions de cohésion sociale ou investir dans la santé, l’éducation et la transition écologique, etc.
L’État pourrait suivre les nouvelles recommandations européennes dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance, mais c’est un chemin long parsemé d’épreuves.
La politique optimale pourrait être l’utilisation des milliards d’euros qui dorment sur les comptes courants pour investir sans recourir à des emprunts bancaires, sans création de monnaie. Réduire la liquidité et éviter de stimuler l’activité par la monnaie. Réduire le taux d’inflation et freiner la hausse des salaires. Une hausse de l’investissement provoque une augmentation plus forte du revenu national par l’effet du multiplicateur budgétaire.
500 milliards d’euros dorment sur les comptes courants des Français. Cette somme loin d’être négligeable est mal utilisée. Malgré la remontée des taux des livrets réglementés, les Français voient la valeur de leurs économies se réduire face à une inflation importante et de l’autre côté le gouvernement lorgne leurs épargnes pour financer le nucléaire, l’industrie de l’armement, etc.
Investir 160 milliards d’euros en 2024. Par la création de plusieurs fonds d’investissement sous forme de livrets réglementés, l’État peut drainer 160 milliards d’euros, soit le tiers de l’argent qui dort. Il faut que les conditions soient identiques à celles du Livret A avec un taux de rémunération égal au taux de l’inflation. Pour information, en 2022 les Français ont mis de côté 159 milliards d’euros presque autant qu’en 2021 (161 milliards d’euros). Il faut affecter cette somme à l’amélioration de l’avenir du citoyen tout en protégeant la nature. La France a besoin de plusieurs dépenses productives pour le climat, la santé, la fin de vie, la ruralité, la sécurité, etc.
Le multiplicateur budgétaire en temps de crise. En 2024, le multiplicateur des dépenses publiques serait particulièrement élevé dans cette période de crise. En effet, une grande partie de la population est au chômage, une grande partie de la population est en difficulté financière, une grande partie de la population ne se soigne plus pour des raisons financières. Une majorité des Français n’épargne plus et peut même faire appel à l’endettement avec des taux inabordables. Au niveau macroéconomique cette situation met les ménages en disposition de consommer plus. Les multiplicateurs en situation de crise seraient très nettement supérieurs à 1, le multiplicateur peut atteindre des valeurs comprises entre 1,3 et 2,5.









