(*) Par Gabriel Gaspard, chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière. Publié le 27/09/2021 à 14:24

OPINION. « Les ménages auraient pu prêter cet argent à l’État, mais c’était compliqué et peu rémunérateur, puisque les taux d’intérêt étaient (et sont toujours) négatifs. » explique Agnès Bénassy-Quéré, Chef économiste de la DG trésor. Alors « L’État a mis en place, avec l’aide de la BCE une déviation temporaire ». « L’ensemble constitué des banques commerciales et de la banque centrale a donc recyclé l’épargne des ménages pour prêter à l’État ». Explications et contreproposition. (*) Par Gaspard Gabriel, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.

Selon les chiffres de la Banque de France, l’excès d’épargne des ménages accumulé pendant la pandémie s’élevait à 157 milliards d’euros fin juin 2021. L’Observatoire français des conjonctures économiques OFCE estime qu’il suffit que les Français dépensent 20% du surcroît de cette épargne pour gagner 1,7 point du PIB supplémentaire en 2022. Mais voilà, les Français n’ont pas confiance dans la conjoncture actuelle et malgré l’appel du gouvernement à dépenser cette épargne magique pour relancer l’économie, ils continuent à économiser.

Les ménages français ont déposé un excédent de 150 milliards d’euros sur leurs comptes courants à taux négatif. Les dépôts à vue et l’épargne rémunérées ont recueilli la majorité de « l’épargne Covid ». De cette manne, l’épargne réglementée ne représente que 14,2 % du patrimoine épargné, soit un surplus de 22,72 milliards d’euros. Le livret A a capté l’essentiel des flux. Du livret A et du LDDS (livret de développement durable et solidaire), les banques collectrices gardent 40,50 % et la centralisation à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) est en moyenne de 59,50 %. Des 59,50 % uniquement 57,84 % sont consacrés aux logements sociaux c’est un peu plus de 7 milliards d’euros.

Qu’est-ce que la banque a fait avec cette « épargne covid » ?

  • Elle n’a pas besoin de cette liquidité, elle cherchera en premier à rendre ces réserves financièrement productives : elle donnera plus de facilité de découvert à ses clients (le taux minimal d’autorisation des découverts est de 7 % et le taux de dépassement est de 16 %). Elle peut les prêter à d’autres banques, acheter des titres liquides ou en dernier ressort les placer sur la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne BCE (via la Banque de France) avec un « taux de rémunération des dépôts » aujourd’hui de -0,50 %. Mais, toutes les banques ne placent pas à un taux négatif leurs excédents à la BCE, vu le mécanisme du « tiering » : « le tiering, ou mécanisme à 2 paliers, appliqué depuis plus d’un an dans la zone euro, permet d’exempter de taux d’intérêt négatifs une partie des réserves détenues par les banques auprès de la banque centrale aujourd’hui ». Avec le « tiering » le taux de dépôt passe à 0 %.
  • Elle peut acheter des obligations assimilables du trésor OAT de l’État à court terme. Avec la crise de la Covid19, la France, par son endettement extérieur, a injecté beaucoup d’argent dans les marchés financiers. Avec la dette isolée de la Sécurité sociale, la dette publique réelle atteint 130,95 % du PIB. Conséquence logique, la dette publique, déjà énorme avant la pandémie, a flambé. En accordant des crédits, les banques commerciales créent de la monnaie et il y a création de liquidité par la Banque centrale européenne BCE. Plus il y a d’argent circulant dans l’économie et plus il y a d’argent disponible pour investir dans des actions. Ce corolaire rend également les instruments d’investissement alternatifs, tels que les obligations, moins attractifs. Ainsi, la possibilité de l’État à emprunter à long terme est réduit. Si la masse monétaire devient trop importante, cela crée de l’inflation et la monnaie perd donc de sa valeur face aux autres devises. De plus la Bourse grimpe lorsqu’il y a inflation de liquidités et finance les super-riches et non plus les petites et moyennes entreprises. Ce schéma dans la conjoncture actuelle avec des taux négatifs fait perdre de l’argent aux banques (2,5 milliards en 2020 pour les banques française) et crée un cercle négatif, le doom loop. C’est une spirale négative qui peut se produire lorsque la BCE et les banques détiennent beaucoup d’obligations souveraines sur la France et que la France est obligée de renflouer ses banques.
  • Elle peut prêter aux entreprises et ménages français. Pendant cette pandémie, quelque 160 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat (PGE) ont été accordés par les banques avec un taux bancaire compris entre 1 % et 2,5 %. Pour les ménages en juillet 2021 d’après la Banque de France « les taux d’intérêt des crédits nouveaux atteignent de nouveaux points bas, tant pour les crédits à l’habitat (1,12 % après 1,13% en juin) que pour les crédits à la consommation (3,44 %, après 3,46 % en juin)« . En contrepartie la Banque peut, pour les opérations ciblées de refinancement à long terme, gagner jusqu’à 1 % des montants empruntés à la BCE, si elle prouve qu’elle a prêté à l’économie (opérations ciblées de refinancement de long terme TLTRO).
  • Elle peut prêter aux États et entreprises étrangers. En d’autres termes, utiliser les économies des Français pour financer des États ou des entreprises étrangères.

Après ces chiffres, on reste sur une sensation d’ignorance…

LIRE LA SUITE