Par Gabriel Gaspard
Publié le 10 septembre 2024, 09:38
OPINION. Depuis plusieurs années, l’Europe est confrontée à des lourds enjeux financiers. La croissance de la productivité de l’UE a pris du retard, entrainant un déclin de la troisième économie mondiale. Où réside la racine du problème et quelles sont les solutions possibles ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
L’Europe peut-elle rattraper les États-Unis et la Chine ? Il y a 16 ans, la production de richesse européenne était de 10,36% supérieure à celle des États-Unis alors qu’en 2023 elle était de 48,77% inférieure. Le PIB de l’Union européenne a augmenté de 2008 à 2023 de 12,58% (mesuré en dollar courant) soit en moyenne 0,79% par an, contre 84,83 % pour les États-Unis et 287,58% pour la Chine (source Banque mondiale)
Pourquoi l’Europe a-t-elle besoin d’argent ?
Avec les dérèglements climatiques ; la rénovation des usines, des logements et des bureaux ; avec le vieillissement de la population, la dépendance et le handicap ; le financement du chômage et des retraites ; avec le tout numérique et la bataille de l’Intelligence artificielle ; avec la guerre aux portes de l’Europe et le manque de nouveaux investissements pour les armées ; avec un besoin massif d’investissement pour la recherche et le développement pour accélérer la croissance et la productivité ; etc. ; l’Europe a besoin de beaucoup d’argent pour reprendre sa place dans le monde face aux États-Unis et à la Chine.
Le déficit et la dette publique des pays de l’UE au regard des critères de convergence. Fin 2023, onze pays européens présentaient des déficits publics supérieurs à 3% du PIB (France 5,5%) et seulement 4 pays affichaient un excédent des finances publiques. Quant au poids de la dette publique, la moyenne de la zone euro était de 88,6% du PIB et la moyenne de l’UE 81,7% du PIB. La dette dépassait les 60% du PIB fixé par le Traité de Maastricht (France, 110,6%). Les États européens sont tous dans l’impasse. Ils n’ont plus d’argent pour budgétiser les factures colossales de la transition climatique… et de la relance de la productivité.
Il ne faut pas oublier la dette de la pandémie à rembourser de 2028 à 2058. Afin de faire face aux conséquences économiques de l’épidémie de la COVID-19, en juillet 2020, l’Union européenne a mis sur pied un plan de relance de 806,9 milliards d’euros, 750 milliards d’euros au prix de 2018 (NextGenerationEU). Ce plan octroie des subventions (338 milliards d’euros) et des prêts pour soutenir les réformes et les investissements (385 milliards d’euros) dans les États membres de l’UE. Ils ont décidé de s’endetter en commun et de rembourser cet emprunt de 2028 à 2058 (30 ans).
Le financement de l’Europe en danger
Pour la prolongation du fonds de relance, le financement de la défense, le financement de la recherche et l’innovation : les ministres des Finances de l’UE sont dans une impasse. Faute d’avoir de véritables ressources propres, comme le prévoient tous les traités européens, les États sont obligés de s’endetter seuls ou en commun pour soutenir les réformes et les investissements entrepris par l’Europe dans les pays membres.
Le budget européen de la recherche et de l’innovation Horizon Europe 2021-2027 n’est que de 95,5 milliards d’euros à comparer au budget des États-Unis pour la seule année 2024 de 210 milliards de dollar. De même l’Europe de la défense et le marché des capitaux sont inaccessibles pour la commission européenne : malgré les premiers pas pour une autonomie stratégique, la défense européenne n’est rien sans l’Otan. Pour le marché des capitaux, il faut attendre la législature européenne 2024-2029 pour que l’UE puisse finaliser le développement d’un système réglementaire compétitif, garantir un meilleur accès aux financements privés et créer de meilleures opportunités pour les citoyens.
En même temps, la productivité s’effondre
L’Europe est en panne, en mai 2024, par rapport à mai 2023, la production industrielle a diminué de 2,9% dans la zone euro et de 2,5% dans l’UE. Entre 2000 et 2006, la productivité a augmenté en moyenne de 1,9%.
De 2006 à 2012, il n’y a aucun signe d’accélération significative de la tendance à la croissance de la production, des taux négatifs ont été observés en 2008 et en 2009. De 2012 à 2022, le PIB par heure travaillée a fortement augmenté en Europe de l’Est, en Irlande (+73,7%) et il a stagné dans plusieurs pays occidentaux dont la France (+3,7%), l’Italie et l’Espagne. Entre l’année 2000 et 2022 la croissance du PIB par heure travaillée a été uniquement de 1,2%.









