Par Gabriel Gaspard
Publié le 25 septembre 2023, 09:17
CHRONIQUE. Combien de temps le dollar et l’euro resteront-ils les deux premières monnaies de réserves ? Quelles seront les implications pour l’euro si les BRICS et l’ASEAN s’orientent vers une nouvelle monnaie ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
Les pays émergents travaillent activement à une alternative au système monétaire actuel. Leur crainte est que les États-Unis et l’Europe utilisent de plus en plus leurs monnaies et leurs systèmes de réserve en vigueur comme une arme politique.
Composition par monnaie des avoirs de réserve des banques centrales :
- Les États-Unis. Le dollar américain USD a été adopté après la ratification de la Constitution américaine. C’est le « Mint Act » du 2 avril 1792 qui a établi le dollar comme principale unité monétaire. Le dollar est la principale monnaie de réserve mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il représente 59,02% des réserves des Banques centrales à travers le monde au premier trimestre 2023.
- L’Union économique et monétaire UEM. Créé en 1999, l’euro a été introduit dans l’UEM, ou zone euro, dans onze pays européens. Ils sont aujourd’hui 20 États à faire partie de cette zone. Cette zone devait renforcer l’intégration économique et politique au sein de l’UE. Il représente 19,8% des réserves mondiales.
- L’ASEAN, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est est une organisation regroupant dix pays d’Asie du Sud-Est. Elle a été fondée en 1967 à Bangkok par cinq pays dans le contexte d’une guerre froide. Elle a été créée pour stimuler le développement économique de la région, promouvoir la paix et la stabilité entre les États membres et réduire les écarts de prospérité. D’après son secrétaire général, il n’y a pas de priorité pour une monnaie commune, mais un développement d’une connectivité de paiement régionale.
- Les BRICS. En 2006, quatre pays ont décidé de s’unir pour former le groupe BRIC. L’Afrique du Sud a rejoint ce groupe en 2010. Six nouveaux pays vont intégrer les BRICS dès janvier 2024. Les BRICS ont été créés pour trouver des moyens de réformer les institutions financières internationales, telles que le FMI et la Banque mondiale, afin de permettre aux économies émergentes de mieux se faire entendre et d’être mieux représentées. La Russie et le Brésil souhaitent la création d’une monnaie commune. Aujourd’hui, le Yuan chinois est la troisième monnaie de réserve, mais il ne représente que 2,58% des réserves de change.
Le dollar et l’euro dans la bataille mondiale
En 2009, la part du dollar dans les réserves était de 62,1% et la part de l’euro était à un record de 27,7%.Cette répartition était celle avant la crise de l’euro, les taux d’intérêt négatifs et les mesures de stimulation de l’achat d’obligations de la Banque centrale européenne. On remarque que la domination du dollar s’érode progressivement au fil du temps. Mais l’euro, toujours à la deuxième place, perd 7,9%.
La bataille pour la deuxième place pourrait-elle s’intensifier avec l’arrivée de nouvelles monnaies de réserves alors que le rôle du dollar restera majoritaire ?
L’euro fait déjà les frais de la guerre en Ukraine. Les pires ennemis de l’euro seront la non-solidarité budgétaire dans la zone euro, l’étalon-or, les cryptomonnaies et les monnaies numériques.
Les nouvelles zones monétaires des BRICS et de l’ASEAN ne pourront pas être constituées comme des zones monétaires optimale (ZMO).
Ceci nécessitera beaucoup de temps et d’argent pour remplir les conditions nécessaires : une parfaite mobilité des travailleurs, une diversification sectorielle et un fédéralisme budgétaire et fiscal, etc. D’après R. Mundell, prix Nobel d’économie, pour être « optimale » une zone monétaire doit être dotée de mécanismes d’ajustements permettant de réduire l’impact de chocs asymétriques. De tels mécanismes sont difficiles à mettre en pratique sans une forte solidarité budgétaire.









