Par Gabriel Gaspard
Publié le 22 aout 2023, 10:11
CHRONIQUE. Utiliser le Livret A pour financer le nucléaire, piocher dans l’assurance vie pour financer la transition écologique, créer un livret d’épargne pour l’industrie de l’armement, comment utiliser les milliards économisés par les Français ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
L’épargne des Français, un pactole très convoité
Les Français, dans un contexte économique incertain, expriment une préférence pour l’épargne. Avec ou sans crise, cette épargne de précaution est assez recherchée, car une majorité des Français craint l’avenir. Mais voilà ! Mettre de l’argent de côté, c’est moins consommer et c’est une mauvaise nouvelle pour le gouvernement qui essaye de trouver des solutions pour les pousser à investir et relancer la croissance.
Une partie de cette épargne va dans les livrets réglementés
En premier, cette épargne a servi à payer les crises : les épargnants sont victimes des taux directeurs de la Banque centrale européenne et victimes de l’inflation. L’assurance-vie est le placement qui a le plus collecté après les livrets réglementés. Les Français se sont accommodés des placements sûrs, disponibles, mais avec un rendement réel négatif. Ils ne s’intéressent que très peu à leur épargne et n’ont pas pris conscience du pouvoir économique qu’elle représente.
Certains livrets gérés par les banques commerciales ne sont pas réglementés. Pour l’être les conditions de fonctionnement et de rémunération doivent être fixées par les pouvoirs publics. Le plus connu c’est le Livret A. Selon la Cour des comptes : « le modèle actuel de gestion de l’épargne réglementée assure, d’une part, la garantie d’une rémunération pour les épargnants, d’autre part, finance des investissements collectifs d’intérêt général ». Elle estime que le modèle économique de l’épargne réglementée doit être globalement maintenu. Le total des dépôts des livrets réglementés est un énorme pactole mal utilisé qui intéresse le gouvernement, les banques, les assurances, etc. Comment utiliser des milliards abrités par les Français ?
Le gouvernement a des idées, mais n’a pas de pétrole
De nombreux projets de loi et propositions se multiplient pour utiliser ou créer des livrets réglementés :
Opposé à toute augmentation de l’endettement et des impôts, le gouvernement souhaite se tourner vers l’épargne privé pour financer la transition écologique et le nucléaire. La première piste est l’utilisation du Livret A pour flécher une partie des fonds vers la transition écologique et énergétique des territoires. Vient ensuite l’idée de mobiliser l’épargne placée sur des produits à long terme : »Notre objectif est de mobiliser 5% de ces 3.000 milliards d’euros, ce qui nous permettrait de mobiliser 150 milliards d’euros par an« , a précisé le ministère de l’Économie et des Finances.
L’argent déposé par les Français sur leurs Livrets A et LDDS sert surtout à financer le logement social et la politique de la ville des collectivités. Ceci n’a pas empêché le gouvernement d’étudier les possibilités de piocher dans cette cagnotte pour construire les futurs réacteurs nucléaires. Dans cette approche le gouvernement préfère s’adresser à la Caisse des dépôts, établissement public, bras armé de l’État, plutôt que de faire appel à des fonds privés.
Dans le cadre du projet de loi relatif à l’industrie verte, un nouveau produit d’épargne sera distribué par les banques. Il est destiné aux mineurs. Le plan d’épargne avenir climat devrait bénéficier d’un taux supérieur au Livret A et son plafond sera identique. Toutefois, cette épargne sera bloquée et l’accès au plan se fera après 18 ans.
Le Livret d’épargne souveraineté est une nouvelle initiative du Sénat pour soutenir l’industrie de la défense française. Ce livret pourrait fonctionner comme le plan d’épargne en actions (PEA). Cependant son avantage résiderait dans l’exonération d’impôts et de prélèvements sociaux.
Toutes ses propositions ne sont pas au goût de la Banque de France. C’est un bouleversement social qui peut amener à renverser l’état actuel des choses.
« Nous voyons périodiquement surgir des idées de nouveaux livrets règlementés avec la tentation d’avoir une épargne fléchée vers telle ou telle cause », « je n’aime pas les silos et quand nous avons un système qui marche, qui est connu des Français, l’avantage du « annule et remplace » n’est pas certain », commente le gouverneur de la Banque de France.
La banque de France peut donner un avis
Avec la refonte des statuts de 1973 et le traité de Maastricht, il n’y a plus d’interdépendance entre l’État français et la Banque de France. La France emprunte via les banques commerciales. La Banque centrale européenne et la banque centrale nationale française (Banque de France) intégrée au Système européen de banques centrales (SEBC) définissent elles-mêmes la politique monétaire qu’elles mettent en œuvre, avec un objectif univoque : la stabilité des prix.









