Par Gabriel Gaspard
Publié le 19 aout 2024, 10:26
OPINION. L’Union Européenne a engagé une procédure pour déficit excessif à l’encontre de la France. Pour faire sa révolution fiscale, tout en respectant le pacte de stabilité et de croissance, la France peut-elle faire abstraction de la pensée unique européenne ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
« Les déficits risquent de faire stagner l’économie, voire pire » Alan Greenspan. Les déficits publics et sociaux en France sont chroniques depuis les années du premier choc pétrolier (1973-1979). Cependant depuis 2017, sous l’effet de différentes crises (crise des Gilets Jaunes, crise sanitaire et économique, guerre en Ukraine, crise énergétique, réformes structurelles, dissolution de l’Assemblée nationale, etc.), les principaux indicateurs de conjoncture économique sont tous au rouge.
La croissance en berne et les comptes publics de plus en plus déficitaires
- La croissance
« Il y a des gens riches partout, et pourtant, ils ne contribuent pas à la croissance de leurs pays » Hillary Clinton.
En 2017 le PIB de la France était de 2 291,7 milliards d’euros. En 2022, le PIB croît de 2,5% en euros constants, après le fort rebond de 2021 (+6,4%), qui faisait suite à la chute de l’année 2020 (-7,5%). La croissance économique a donc été moins forte qu’attendue. La France chute et arrive à la 28e place des pays au plus gros PIB par habitant. Fin 2023, avec un bon au deuxième trimestre et les trois autres nuls, le PIB français a finalement augmenté de 0,9% (2 639,01 milliards d’euros) sans atteindre la prévision de 1% du gouvernement.
- Le solde budgétaire de la France en % du PIB
« L’économie c’est simple. C’est deux colonnes : une colonne dépenses et une colonne recettes. N’importe quelle ménagère vous le dirait » François Mitterrand.
Il y a déficit lorsque les dépenses excèdent les recettes. Le déficit public était de 2,6% en 2017. Fin 2022 il décrochait à 4,7% du PIB après un creusement du déficit public en 2020 à 9% du PIB en raison de la crise sanitaire. Fin 2023 il atteint 5,5% du PIB soit le niveau le plus élevé jamais enregistré après celui de 2020.
- La dette publique.
« La reconnaissance est la seule dette qu’un débiteur aime à voir s’accroître » proverbe français.
À quelques exceptions, la dette publique a inexorablement progressé en France depuis le milieu des années 1970. Elle passe de 97,0% du PIB en 2017, à 111,6% pour 2022 (2 950,0 milliards d’euros). Fin 2023, la dette au sens du traité de Maastricht était de 3 101 milliards d’euros, soit 110,6 % du PIB. La Cours des comptes alerte sur la situation alarmante dans son rapport 2024. Elle souligne également l’importance de la lutte contre le changement climatique et de la prise en compte du financement de ces investissements indispensables dans la réflexion sur le nécessaire désendettement de la France.
- Les comptes de la Sécurité sociale.
« Depuis le tonneau des Danaïdes, on n’a pas trouvé mieux » Jacques Mailhot.
Le « trou » de la sécurité sociale s’améliore à partir de 2010 (-28 milliards d’euros) pour atteindre -5,1 milliards d’euros en 2017. En 2020, avec la pandémie, la perte arrive à un niveau jamais enregistrée -38,7 milliards d’euros. Le déficit cumulé des années 2021 et 2022 représente 42 milliards d’euros supplémentaires. Fin 2023, le déficit de la Sécurité sociale est supérieur de 2,1 milliards d’euros aux prévisions de la loi de financement pour 2024, en raison de recettes moins importantes qu’espérées. La loi de financement de la Sécurité sociale LFSS tablait sur un déficit de 8,7 milliards d’euros qui s’est finalement établi à 10,8 milliards d’euros.
- Le solde commercial de la France.
« Lorsqu’on est au fond du trou, la première chose à faire est d’arrêter de creuser » Warren Buffett.
En 2017 les exportations de la France étaient de 707,7 milliards d’euros avec des importations de 733,0 milliards d’euros d’où un solde négatif de 25,3 milliards d’euros. En 2022, il ressort un déficit de 53,5 milliards d’euros, un record, après avoir été excédentaire en 2021 à + 9 milliards d’euros. En 2023, ce déficit atteint 98,7 milliards d’euros, un autre montant colossal.
Le Krach de la pensée unique
La France doit investir dans la transition écologique, la défense, le handicap, la dépendance, la ruralité pour éviter la progression des partis extrémistes, etc. Le Conseil d’analyse économique (CAE), rattaché à Matignon, préconise la réduction du déficit primaire à 4 points de PIB, soit 112 milliards d’euros, étalée sur 7 à 12 ans.
Le CEPREMAP est le Centre pour la Recherche Economique et ses Applications, placé sous la tutelle du ministère de la Recherche, en collaboration avec la Banque de France, la Direction générale du Trésor, etc. Il explique dans sa note du 2024-01 pourquoi l’État est contraint de baisser ses dépenses publiques. Son analyse fixe une réduction permanente de 20 milliards d’euros par an des dépenses publiques (soit 90 milliards d’euros sur 4 à 5 années).
Le ministre de l’Économie et des Finances maintient l’objectif de 25 milliards d’euros d’économies en 2024. Avec un gouvernement démissionnaire, il veut diminuer le budget de l’État pour respecter les engagements européens de la France : « je prépare un budget pour 2025 qui garantit le retour sous les 3% de déficit public en 2027 ».









