
Par Gabriel Gaspard
Publié le 17 novembre 2022 à 7:36
CHRONIQUE. Chaque pays de la zone euro n’a pas une autonomie monétaire. La conjoncture actuelle masque de profonds déséquilibres structurels. Sans une véritable union budgétaire, sommes-nous certains que la BCE avec un resserrement quantitatif pourra soutenir l’euro et répondre aux dettes souveraines des États membres ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
Comprendre l’euro et la zone euro. La valeur de l’Euro est un taux de conversion et non un taux de change comme avec les autres valeurs monétaires mondiales. La zone euro n’est pas une zone monétaire traditionnelle ou accomplie : elle n’a pas de mécanismes pour éviter la fragmentation financière. Il y a beaucoup de divergences budgétaires entre les pays de la zone euro.
Certains, comme la France, accumulent des déficits extérieurs et d’autres, comme l’Allemagne, enregistrent des surplus qui leur permettent de réaliser un plan massif de soutien à leur économie de 200 milliards d’euros.
Confrontée à des déficits extérieurs (150 milliards d’euros fin septembre 2022 sur un an), la France sera peut-être contrainte de réduire ses dépenses, ce qui entraînera une augmentation du chômage, etc.
Enfin, chaque pays de la zone euro ne dispose pas de sa propre devise pour dévaluer ou réévaluer sa monnaie et régler les déséquilibres.
Qui préserve le pouvoir d’achat de l’euro ?
D’après la Banque centrale européenne : « l’Eurosystème, qui regroupe la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro, assure plusieurs missions visant à maintenir la stabilité des prix. « La BCE assume des missions spécifiques ayant trait à la surveillance bancaire, aux billets de banque, aux statistiques, à la politique macroprudentielle et à la stabilité financière ainsi qu’à la coopération internationale et européenne ».
« Elle s’emploie à maintenir la stabilité des prix et à préserver le pouvoir d’achat de la monnaie unique (article 127 TFUE). » Mais de 2008 à 2022, la Banque centrale européenne a-t-elle réellement lutté contre l’inflation ?
Pourquoi l’euro baisse ? En réalité, ce n’est pas tant l’euro qui baisse mais c’est le dollar qui monte et le yuan chinois qui résiste. Guerre en Ukraine, hausse des coûts de l’énergie et des denrées alimentaires créent une menace de récession en Europe.
La Réserve fédérale américaine (FED) a été plus agressive dans la mise en œuvre de hausses de taux d’intérêt dans le cadre d’une politique monétaire restrictive. La FED peut être considérée comme exerçant plus d’influence sur le taux EUR/USD que la BCE. L’euro baisse, car la BCE a tardé d’intervenir et les données macroéconomiques récentes montrent que l’économie de la zone euro ne se porte pas bien.
D’après Eurostat, le taux d’inflation est à 10,7%, le taux de chômage à 6,6%, le PIB en hausse uniquement de 0,2% et le déficit public de 5,1% du PIB. Dans une période d’incertitude, les investisseurs recherchent une monnaie refuge plus sûre pour leurs placements. Un euro faible est-il bon pour l’économie européenne ?
Y a-t-il des avantages à un euro faible ?
Le principal avantage d’un euro faible est la possibilité d’exportation plus importante. Une exportation plus élevée signifie une augmentation de la production et une plus forte croissance de l’économie. Mais d’après Eurostat : « la zone euro a enregistré un déficit des échanges de biens avec le reste du monde de 50,9 milliards d’euros en août 2022, contre un excédent de 2,8 milliards d’euros en août 2021″. Il semble que pour la zone euro cet avantage soit effacé par des inconvénients plus importants.
Y a-t-il des inconvénients à un euro faible ?
Le premier désavantage est l’augmentation du prix de toutes les importations payées en dollar ou en yuan. Cela augmente l’inflation déjà très élevée en Europe et réduit le pouvoir d’achat des ménages. En revanche, des produits importés plus chers affectent positivement les entreprises, car il devient plus intéressant pour les Européens d’acheter des produits locaux.
La production européenne peut se développer si elle dispose des crédits pour l’investissement. Hélas, avec des taux d’intérêt plus élevés aux États-Unis et un dollar fort, la conséquence est une sortie de capitaux de l’Europe. Il devient alors plus difficile d’obtenir des crédits.
Une politique budgétaire bien adaptée. Bien qu’il incombe principalement à la Banque centrale européenne de lutter contre l’inflation et préserver le pouvoir d’achat de la monnaie unique, une politique budgétaire bien adaptée en France et en Europe peut aider à réduire le taux d’inflation tout en minimisant les effets négatifs sur le pouvoir d’achat.










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