
Gaspard Gabriel
24 Mai 2022, 12:26
Les politiques monétaires de la zone euro et des États-Unis vont s’opposer. Gabriel Gaspard, chef d’entreprise à la retraite et docteur en informatique des organisations, analyse les effets de cette guerre d’inflation.
La Banque centrale européenne (BCE) suit généralement la politique de la Banque centrale américaine (FED). Mais depuis le début 2021 et le retour de l’inflation, on note des divergences majeures et des stratégies différentes. Une première depuis deux ans, la FED vient de relever ses taux directeurs de 0,25 % le 16 mars 2022, et des nouvelles hausses sont à prévoir en 2022. La BCE aurait dû faire de même comme le préconisent beaucoup d’économistes et de décideurs, car la hausse des prix touche tout le monde. Pour qui la facture sera-t-elle la plus salée ?
« Le pire reste peut-être à venir, avertissent les experts. »
Conséquence des prix de l’énergie. Depuis quelques mois, l’inflation annuelle dans la zone euro est supérieure à l’objectif de 2 % de la BCE et proche de l’inflation américaine qui couvre un éventail plus large de biens et de services. Dans la mesure où les prix de l’énergie alimentent beaucoup l’inflation dans la zone euro à cause de la guerre en Ukraine, la BCE estime que cette hausse de l’inflation est transitoire et qu’une hausse du taux directeur ne serait pas le bon outil pour influer sur les prix de l’énergie. La crise de l’énergie est devenue mondiale et tandis que l’économie se détache progressivement des énergies fossiles, le pire reste peut-être à venir, avertissent les experts.
Inflation et croissance
Faut-il augmenter les taux directeurs en temps de guerre ? Aujourd’hui, un taux d’inflation élevé donne à la BCE deux problèmes simultanés à résoudre : l’inflation et la croissance. Une guerre à la porte de l’Europe rend l’équation plus difficile à décider. Une hausse des taux directeurs rend les taux de d’emprunts plus élevés, les entreprises réduisent leurs investissements, les consommateurs dépensent moins, et la croissance sera révisée à la baisse. Il est certain que la BCE préfère ignorer la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie et se consacrer à la soutenabilité des dettes publiques par rapport au pouvoir d’achat des Européens. Politiquement cette approche est explosive. Si les citoyens n’arrivent plus à s’approvisionner à des bons prix en nourriture et en énergie quasi-quotidiennement, ça sera peut-être le déclenchement de la colère populaire et la BCE devrait arrêter de faire de la politique et revenir à sa mission première : lutter contre l’inflation et augmenter les taux directeurs. La hausse des taux est-elle vraiment un instrument nécessaire en période de guerre ? L’exemple de la FED montre que malgré l’augmentation de son taux directeur de 0,25 % en mars 2022, la baisse des taux d’intérêt réels sur cinq ans a poursuivi sa chute de 0,5 % depuis février 2022.









