
Par Gabriel Gaspard
Publié le16 janvier 2023 à 09:23
CHRONIQUE. Le premier livret a été créé en 1818. Son objectif était d’empêcher l’érosion de l’épargne des citoyens face à la hausse du coût de la vie. Le contrat social a été rompu à plusieurs reprises mais les Français plébiscitent toujours des placements sûrs qui leur font perdre de l’argent. Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
Cette tribune n’est pas un guide sur les livrets réglementés défiscalisés. Elle ne décrit pas les règlements ou comment investir pendant une période d’inflation ou de récession, etc. Elle retrace l’histoire de ces livrets et tente des explications simples à beaucoup de questions que les Français se posent. Elle ouvre un chemin vers une nouvelle renaissance et action aux services des comptes d’épargnes.
Un peu d’histoire
Le plus connu des livrets réglementés est le Livret A (anciennement Livret de Caisse d’Épargne). Il a été créé le 22 mai 1818, à la fin des guerres napoléoniennes, à l’initiative de Benjamin Delessert, industriel et banquier. Dès son origine la Caisse d’Épargne avait pour mission d’être au service des plus démunis. En 1837, les Caisses d’Épargne confient la gestion des fonds du Livret A à la Caisse des dépôts et consignations. Mais le Livret A est-il vraiment parvenu à protéger l’épargne des ménages face à l’inflation pendant 205 ans ?
Son taux a fortement varié entre 1818 et 1985. Après une grande chute au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à un taux de 1,5% et une inflation à 52,60%, il a connu une hausse quasi-ininterrompue mais sans réellement dépasser le taux de l’inflation sauf rares exceptions. Il touchera son sommet le 1er octobre 1981 avec un taux de 8,5% et une inflation à 13,40%.
Il faut attendre 1985 (François Mitterrand préside), pour avoir une inflation à 5,83% et le taux du Livret A à 6%. Depuis, le taux du Livret A est resté supérieur à l’inflation jusqu’en 2017.
En 2017, le taux du Livret A est gelé à 0.75% jusqu’en janvier 2020. Une mauvaise nouvelle pour les petits épargnants, car l’inflation en 2017 a atteint 1%, en 2018 1,8% et en 2019 1,1%. Il a été tiré vers le bas par les politiques monétaires « non conventionnelles » (injections massives de liquidités) de la Banque centrale européenne et atteint son taux le plus bas à 0,5% en février 2020, à la veille de la crise de la Covid.
Début 2023, le taux du Livret A est à 2% en janvier avec une inflation attendue à 7% début 2023, il sera à un taux de 3% au 1er février 2023. Encore une très mauvaise nouvelle pour les épargnants qui seront rémunérés à un taux de – 4% par rapport à l’inflation. Ne faut-il pas revenir à la formule applicable avant le 11 novembre 2016 où le Livret A offrait une protection contre l’inflation ?
Le livret A est-il une bonne affaire pour les Banques ?
On a vu que le Livret A a joué son rôle de bouclier uniquement pendant 31 ans de 1985 à 2017. À chaque revalorisation, beaucoup de tribunes dans la presse spécialisée reprochent que le Livret A, le plus détenu en France, coûterait de l’argent aux Banques, est-ce vrai ?
Le Livret A ne rapporte plus aux épargnants, mais rapporte encore aux Banques. De toutes les collectes faites par les Banques, 60% environ sont transférés au fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts. Ils sont utilisés en grande partie pour accorder des prêts à long terme aux offices HLM ou aux collectivités. Les banques perçoivent une commission fixée aujourd’hui à 0,30% des sommes transférées. La Caisse des Dépôts rembourse aux banques les emprunts (capital + intérêt). Il reste 40% des dépôts qui seront rémunérer directement par les banques. Les banques se servent des ressources disponibles des livrets A pour faire des prêts à des taux potentiellement plus élevés aux PME-PMI, aux particuliers, etc.










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