
Publié le 09 janvier 2023, 00:00
Par Gabriel Gaspard
Pour freiner l’inflation, la Banque centrale européenne BCE augmente ses taux directeurs. Avec un endettement record, la France protège les citoyens vulnérables tout en maintenant une politique budgétaire limitée. La BCE et la France peuvent-elles utiliser d’autres méthodes pour y parvenir ?
Avec une inflation qui va durer, il est important pour les Français de comprendre les opérations de conduite de la Banque centrale européenne BCE, la gestion et le financement du budget de la France et l’impact des aides sur leurs vies au quotidien. Une autre approche ne peut-elle pas être envisagée pour combattre l’inflation ?
La BCE augmente les taux pour freiner l’inflation. Le taux directeur est le taux d’intérêt fixé par la Banque centrale européenne pour les prêts qu’elle accorde aux banques commerciales qui en ont besoin. La première mission de la BCE est d’assurer une stabilité des prix, en d’autres termes contrôler l’inflation. Quand l’inflation n’est plus modérée, généralement au-delà d’un objectif de 2%, la BCE décide de relever ses taux directeurs car une inflation trop forte peut rapidement réduire la valeur de l’épargne et engloutir les bénéfices des entreprises. Les consommateurs et les entreprises sont alors tous mis en difficulté.
Avec des taux plus élevés, la croissance et l’emploi baissent. En effet, il y a alors moins de liquidités qui circulent dans l’économie d’où une baisse de la consommation. Lorsque la demande des biens et des services diminue, leurs prix ont tendance à baisser et c’est le but à atteindre. Mais la BCE doit préserver la confiance en ajustant les taux pour ramener rapidement l’inflation à son objectif sans ralentir fortement l’économie. Une approche très difficile sans un budget équilibré de la France pour améliorer le sort des plus démunis et relancer la croissance.
La France restreint-elle son budget pour aider à lutter contre l’inflation ? La politique budgétaire consiste à utiliser le budget de l’État pour agir sur la situation économique. Elle englobe l’ensemble des actions menées sur les ressources ou les dépenses de l’État. Le « quoi qu’il en coûte » était essentiel pendant la période de la pandémie. Par contre, quand de nombreuses personnes sont encore en difficulté à cause de la flambée des factures alimentaires et énergétiques le gouvernement ferme le robinet des aides pour la Covid-19, mais débloque des dizaines de milliards contre l’inflation. Avec tous ces milliards, le gouvernement augmente la demande globale qui risque de faire grimper l’inflation.
Le risque est que le même gouvernement sera forcé un jour de baisser les dépenses pour diminuer l’inflation tout en réduisant la dette. Un déficit plus faible calme la demande globale et l’inflation. Dans le cas contraire la Banque centrale européenne aura besoin encore d’augmenter les taux pour juguler l’inflation.
Pour assainir l’économie et éviter les conflits sociaux, le gouvernement a besoin d’investir dans les infrastructures, la mobilité, les soins de santé et l’éducation tout en définissant une répartition équitable des richesses. Il faut investir et lever les fonds nécessaires. Pour emprunter, la France émet des obligations du trésor sur les marchés financiers secondaires via les banques commerciales. Les obligations du trésor sont cotées en bourse secondaire pendant leur durée de vie. La bourse permet d’acheter d’autres obligations françaises déjà en cours de vie ou de revendre d’autres avant leur échéance. C’est le prix de l’obligation qui va décider les acquéreurs. La valeur de l’obligation va fluctuer en fonction du niveau des taux d’intérêt en suivant l’offre et la demande. Il en résulte une création monétaire, plus de liquidité, plus de consommation et plus d’inflation. De même, plus la durée des obligations est longue plus il y a défaillance des investisseurs et moins d’acheteurs. La BCE a alors recours aux rachats des titres publiques de la France. C’est le retour à la politique monétaire dite « d’assouplissement quantitatif ».
Face à une inflation plus forte, la BCE durcit sa politique monétaire accommodante. Pour répondre à la crise financière de 2008 et à celle de la pandémie, la BCE a lancé plusieurs programmes d’achats massifs et durables des titres obligataires publics « l’assouplissement quantitatif ». C’est un outil de politique monétaire non conventionnelle. Il est utilisé pour lutter contre le risque de déflation (contraire d’inflation) et de récession (diminution de l’activité économique). Il consiste, pour la BCE, à acheter des titres de dettes publiques qui entraineront une baisse des taux d’intérêt. Cela permet aux ménages, aux entreprises et aux États de continuer à se financer à de bonnes conditions, favorisant la croissance économique. Cette politique accommodante s’est heurtée à la reprise de l’inflation et la BCE ralentit sa politique monétaire qui alimente l’inflation?
La BCE et la France sont-elles prêtes de sortir de cette ornière ?










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