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« Redonner à la France son dynamisme économique »

Par Gabriel Gaspard

Publié le 13 juillet 2025, 08:42

OPINION. Les investissements à long terme et axés sur l’avenir peuvent éviter la perte de la souveraineté et de l’indépendance de la France.

France : l’image persistante de « l’homme malade de l’Europe ».

Déjà qualifiée « d’homme malade de l’Europe » en 2014, la France peine à se défaire de cette étiquette. Alors que la conjoncture reste morose dans l’Hexagone, ses voisins affichent des dynamiques plus encourageantes. L’Allemagne, après cinq années de stagnation, amorce une reprise ; l’Espagne conjugue compétitivité économique et ambition écologique ; et, selon la Commission européenne, l’Italie aurait désormais dépassé la France en termes de performances économiques.

Pour rompre avec cette inertie, la France doit impérativement se projeter dans une vision stratégique à long terme. Cela implique un engagement massif dans les technologies d’avenir, un redéploiement vers les filières industrielles innovantes, ainsi qu’un renforcement ciblé des investissements dans les territoires. À défaut, le pays risque de s’ancrer durablement dans une spirale de décrochage face à ses partenaires européens.

Dix ans d’alerte sur la trajectoire économique de la France.

Dès le 21 décembre 2012, l’économiste Philippe Dessertine sonnait l’alarme :

« C’est la France qui inquiète. S’il devait y avoir un début de reprise, il interviendrait en Espagne, en Italie, mais pas en France. Pire, si la France casse, ce serait dramatique pour nous, mais aussi pour l’Espagne, l’Italie, et même l’Allemagne, qui ne pourrait faire face seule. »

Deux ans plus tard, en 2014, la Commission européenne s’inquiétait à son tour. Elle redoutait que Paris ne tienne pas son engagement de ramener le déficit public sous la barre des 3 % du PIB en 2015. À l’époque, le déficit s’élevait déjà à 4 %, et la dette atteignait 95 % du produit intérieur brut.

Dix ans après, les chiffres donnent le vertige : le déficit public grimpe à 5,8 % et la dette publique culmine à 113 % du PIB. Une trajectoire qui relance les interrogations sur la soutenabilité de la politique budgétaire française.

Chômage, vieillissement, déséquilibres : la France face à un défi structurel.

En 2014, la France enregistrait un taux de chômage élevé (10,1 %) et une faible croissance économique. Dix ans plus tard, le constat demeure préoccupant. Selon Dares, au quatrième trimestre 2024, l’emploi privé recule, l’activité ralentit, et le nombre de demandeurs d’emploi augmente dans toutes les tranches d’âge malgré une pénurie persistante de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs.

Légèrement atténuée par le soutien exceptionnel à l’apprentissage, la baisse du taux de chômage masque une réalité plus contrastée. En parallèle, les projections démographiques soulèvent de nouvelles inquiétudes. D’ici dix ans, la population active progresserait en moyenne de 300  000 personnes, tout en vieillissant.

Le déséquilibre entre actifs et retraités devrait continuer à se creuser : le ratio entre cotisants et retraités de droit direct passerait de 1,77 en 2025 à 1,66 en 2035, puis à 1,54 en 2045 et ce, en dépit du recul de l’âge moyen de départ à la retraite. Une tendance lourde qui interroge sur la viabilité à long terme de notre modèle social.

Productivité en berne : le moteur grippé de l’économie française.

Depuis la crise sanitaire, les signaux d’alerte se multiplient : selon Dares, la productivité du travail en France poursuit sa dégradation. En 2022, elle a chuté de 3 % par rapport à 2019. Sur la période 1990-2022, la progression moyenne n’atteint que 0,85 % par an. En 2023, le pays accuse un retard de productivité estimé à 5,5 points. Et d’ici 2027, l’écart entre production potentielle et production effective pourrait s’établir à 0,6 point de PIB.

La France fait face à une baisse de performance plus marquée que celle observée chez ses voisins européens. Le ralentissement s’explique en partie par les pénuries de main-d’œuvre et la hausse des coûts énergétiques. Mais deux autres facteurs structurants freinent la croissance.

D’abord, une spécialisation industrielle restée ancrée dans des technologies traditionnelles : métallurgie, automobile, cosmétique. Seuls l’aéronautique et le luxe tirent encore leur épingle du jeu. Le tissu industriel, bien que doté d’infrastructures solides et de compétences reconnues, peine à se réorienter vers les secteurs innovants comme les biotechnologies ou le numérique.

Ensuite, malgré des niveaux record d’aides publiques aux entreprises, l’investissement immatériel et la recherche stagnent. Le secteur industriel ne représente que 16,8 % du PIB français, contre 26,6 % en Allemagne et 22,6 % en Italie.

Cette politique de soutien aux entreprises n’a cessé de croître : de 82,52 milliards d’euros en 2008 à 156,88 milliards en 2019, puis à 175 milliards en 2022 sous l’effet des mesures exceptionnelles liées à la pandémie ; soit une hausse de plus de 112 % en quinze ans. Pourtant, cette dépense colossale, en progression moyenne de 7,47 % par an, ne s’est pas traduite par une croissance équivalente de l’économie, qui plafonne à 0,21 % par an sur la même période.

Autre frein à la croissance : l’allocation déséquilibrée des capitaux dans le système financier français. Une majorité des financements bancaires est dirigée vers les grandes entreprises cotées en bourse, dont l’essentiel du chiffre d’affaires est pourtant réalisé à l’étranger, à peine 25 % en France. Résultat : les PME et PMI innovantes, pourtant au cœur du dynamisme économique et de l’emploi local, peinent à accéder aux ressources nécessaires à leur développement.

Ce déséquilibre est renforcé par la frilosité des investisseurs institutionnels vis-à-vis du capital-risque français. Préférant les actifs plus sûrs ou les fonds américains plus établis, ils alimentent un manque chronique de financements à long terme pour l’innovation made in France.

Relance post-Covid : des écarts d’ambition entre États membres.

Dans la foulée de la crise sanitaire, l’Union européenne a lancé en 2020 le plan NextGenerationEU, doté de 750 milliards d’euros (806,9 milliards d’euros en valeur 2022), afin de relancer les économies européennes frappées de plein fouet par la pandémie. Aujourd’hui, la majorité des États membres a engagé ces fonds dans leurs plans nationaux de relance.

L’Italie s’est vue allouer 194,89 milliards d’euros, l’Espagne 163 milliards d’euros et la France 40,27 milliards d’euros. L’Allemagne, de son côté, a perçu 28 milliards d’euros. Mais face à deux années de récession consécutives et dans un contexte de changement de leadership, Berlin a annoncé un plan de relance national de 700 Md€ sur douze ans illustrant un volontarisme budgétaire que la France ne semble plus afficher.

L’Hexagone n’a en effet pas lancé de nouveau plan de relance depuis celui de 2021, d’un montant de 100 milliards d’euros, dont 40 milliards d’euros financés par l’Europe. Alors que plusieurs de ses partenaires redoublent d’efforts, Paris semble figée, malgré une conjoncture économique toujours fragile.

Relancer la dynamique : vers une stratégie économique à double moteur.

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