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Par Gabriel Gaspard
Publié le 17 juillet 2023, 14:48
CHRONIQUE. Capitalisme vert ? Croissance Verte ? Green New Deal ? Écosocialisme, social-écologie, post-croissance, etc. Les termes ne manquent pas pour caractériser la nouvelle étape confuse dans laquelle nous serions entrés. Quelle que soit l’échéance employée, l’humanité ira toujours vers sa perte s’il n’y a pas un accord pour une nouvelle économie afin d’éviter les pires catastrophes. Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.
La richesse économique mondiale dépend de la bonne santé de notre planète. Comme les matières qui composent la terre, il n’y a ni croissance ni décroissance mais transformation et transfert.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Lavoisier).
Dans l’histoire contemporaine, différents modèles économiques ont vu le jour. Aucun n’a permis un équilibre entre la planète et l’homme. Tous ont générés des inégalités sociales et écologiques. Ils n’ont pu assurer ni des conditions de vie décente à tout un chacun, ni réduire les impacts sur le climat et la biodiversité. Les crises financières et sanitaires ont montré leur totale inadaptation.
Le système économique mondial actuel est axé sur une croissance infinie plutôt qu’un équilibre entre notre production de biens et services et les capacités de la planète. Pour être en mesure de trouver des ressources, nous devons réformer cette économie pour viser la satisfaction des besoins et non l’accumulation. Cette nouvelle économie doit être basée sur deux piliers : un pilier écologique et un pilier social. Le pilier écologique est la capacité de régénération des écosystèmes et des cycles biophysiques. Le pilier social est la capacité de répondre aux besoins des collectivités et des individus.
Malgré toute la richesse mondiale accumulée, tous les gouvernements expliquent qu’il n’y a pas de ressources financières suffisantes pour changer le système actuel qui privilégie la recherche de profits et les règles du capitalisme. Il se fonde sur une économie monétaire. Elle crée de la liquidité, génère de l’inflation et est un facteur déterminant d’une croissance rapide qui privilégie les bourses. Elle vise donc l’enrichissement de grandes entreprises multinationales plutôt que la collectivité et de la planète. Ces entreprises n’ont d’ancrages ni sociaux ni écologiques. Elles prospèrent avec un modèle gourmand en matières premières et en énergie fossiles la moins chère qui maximise les profits tout en rejetant les déchets toxiques et les gaz à effet de serre dans la nature. La croissance monétaire augmente aussi lorsque les États empruntent sur le marché financier pour dépenser pour la guerre ou la gestion des catastrophes climatiques. L’effet est le même lorsque les ménages dépensent leurs épargnes pour l’assurance médicale et les frais de scolarité sans améliorations apportées aux systèmes de santé ou d’éducation.
Ce système économique favorise les inégalités sociales et écologiques. Il pousse les individus à migrer soit pour fuir la pauvreté, l’insécurité, soit pour des raisons démographiques ou climatiques. Les régimes démocratiques sont de plus en plus répressifs et déchainent des révoltes politiques ou de vagues d’émeutes dans les cités. Le pouvoir décisionnel est incapable de changer de doctrine. C’est pourquoi il faut bouleverser les règles des économies actuelles pour aller vers une économie écosociale : une économie de bien-être, sociale, écologique, durable, solidaire, citoyenne, égalitaire et résiliente.
Il convient de s’entendre très rapidement sur les contours de cette nouvelle économie à mettre en place pour que le futur de toute l’humanité reste sur terre et non dans l’espace, sans créer de révolutions politiques, industrielles, technologiques, morales, etc.
Sortir du capitalisme financiarisé
Les Banques centrales doivent revenir à leurs seuls objectifs principaux et maintenir la stabilité des prix, en d’autres termes sauvegarder la valeur des monnaies et donc la stabilité du bien-être. Les États dépensent trop et mal. Ils doivent emprunter directement aux Banques centrales sans passer par des banques commerciales et négocier leurs obligations sur les marchés boursiers. Ils doivent emprunter via des établissements de crédits publics avec un taux d’endettement maximal autorisé. Pour le surplus il faut drainer l’épargne des ménages en créant des fonds d’investissements sous la forme de livrets réglementés.
Un fonds citoyen ne crée pas de liquidités nouvelles donc pas d’inflation par excès de création monétaire. Il permet de réduire la dette et le déficit public par une croissance choisie, définie et acceptée par les citoyens. Il permet de réduire les dépenses de l’État par l’augmentation des recettes fiscales et diminuer les prélèvements obligatoires, etc.
Redistribuer autrement les richesses
Pour les inégalités entre les pays, les plus riches doivent arrêter le gaspillage de l’argent public (industriel, alimentaire, etc.) et utiliser ce surplus pour aider les plus pauvres dans les projets zéro émission nette. Il y aura un effet de réduction immédiate sur les chiffres du déplacement forcé dans le monde et moins d’embuscade des parties extrêmes en politique dans les pays démocratiques.
Pour les inégalités internes aux pays, cela doit se faire par une réduction drastique du niveau de revenu des plus riches (hors patrimoine industriel). Il faut limiter les écarts de revenus au sein d’une entreprise, d’un territoire, d’une population et réguler les écarts de fortune entre les plus riches et les plus pauvres. La richesse sera moins accaparée par les plus riches et mieux répartie.









