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Semaines 11 de la presse économique française

Par Gabriel Gaspard

Publié le 16 mars 2026, 08:00

Des informations choisies chaque dimanche

Prix de transfert et évasion fiscale : comment les groupes mondiaux siphonnent leurs bénéfices

Les grandes entreprises multinationales utilisent des montages intra-groupes et des conventions de prix de transfert pour attribuer artificiellement des profits aux filiales situées dans des juridictions à faible imposition. Ces mécanismes reposent sur la fixation de prix pour les biens, services et droits de propriété intellectuelle échangés entre entités d’un même groupe, rendant difficile la détermination d’un bénéfice réel imposable. Les autorités fiscales nationales peinent à reconstituer la valeur économique réelle des transactions, faute d’informations consolidées et d’outils d’audit adaptés. Les pertes de recettes fiscales sont significatives pour les États, tandis que les pays à faible revenu sont souvent les plus pénalisés par ces transferts de bénéfices. Des initiatives internationales, notamment au sein de l’OCDE et de l’Union européenne, cherchent à renforcer la transparence et à imposer des règles communes pour limiter les abus.

Crédit privé : le risque d’un krach à 2 000 milliards de dollars après une vague de défaillances

Les défaillances récentes dans le secteur du crédit privé ravivent les craintes d’un effet domino sur des actifs évalués à près de 2 000 milliards de dollars. Des fonds non bancaires, très exposés à des prêts illiquides et à l’effet de levier, peinent à faire face aux rachats et aux pertes de valeur. La raréfaction de la liquidité et la hausse des taux ont accéléré la détérioration de portefeuilles jusque-là jugés résilients. Investisseurs institutionnels et gestionnaires de fonds évaluent l’ampleur des pertes et révisent leurs scénarios de risque. Les marchés observent une montée des primes de risque et une volatilité accrue sur les titres liés au crédit privé. Les autorités de régulation et les acteurs financiers scrutent désormais la possibilité d’une contagion plus large au système financier.

Bâle III : les banques françaises sonnent l’alarme sur le crédit immobilier

Les établissements bancaires français estiment que le durcissement des règles prudentielles européennes pourrait alourdir le coût des crédits immobiliers pour les ménages et réduire la capacité d’octroi des prêts, en particulier si les mesures transitoires ne sont pas prolongées. Les banques demandent explicitement la prolongation des mesures transitoires jusqu’en 2032, arguant que la mise en œuvre complète des nouvelles normes sans période d’adaptation risquerait de créer des tensions sur le financement de l’habitat. Un point de friction majeur porte sur l’estimation systématique des biens immobiliers, que les banques jugent inadaptée et susceptible d’entraîner une hausse des exigences en fonds propres et des coûts opérationnels liés à l’octroi de prêts. Les autorités et certains observateurs rappellent que l’objectif de Bâle III est de renforcer la résilience du système financier après la crise de 2008, en imposant des exigences de solvabilité et de liquidité plus strictes pour limiter les risques systémiques. Des études et analyses montrent toutefois que l’impact effectif des nouvelles normes sur l’offre de crédit peut varier selon la santé des banques et les épisodes de tension financière, laissant place à des scénarios contrastés entre établissements plus solides et banques plus fragiles. Face à ces incertitudes, le secteur bancaire appelle à un dialogue renforcé avec les régulateurs européens pour calibrer les règles et les calendriers d’application, afin d’éviter un resserrement brutal du crédit immobilier au détriment des emprunteurs et du marché du logement.

Le Livret A mobilisé pour financer les nouveaux réacteurs d’EDF : une piste controversée

Le gouvernement envisage d’affecter une part de l’épargne collectée via le Livret A au financement partiel des futurs réacteurs nucléaires d’EDF, cherchant à mobiliser une source stable et abondante de capitaux pour réduire la dépendance aux marchés privés. Cette proposition s’inscrit dans un plan plus large de soutien à la filière nucléaire, où l’État veut accélérer les investissements pour assurer la sécurité énergétique et respecter les objectifs de décarbonation, tout en limitant l’impact sur la dette publique. Les autorités mettent en avant la stabilité et la disponibilité des fonds du Livret A comme atout pour des projets de long terme, arguant que l’épargne réglementée peut jouer un rôle de financement patient et moins coûteux que des emprunts commerciaux. Les opposants soulignent les risques politiques et sociaux d’une telle affectation, estimant que l’épargne populaire doit rester prioritairement dédiée à des usages sociaux et à la protection des déposants, et craignent un précédent pour d’autres grands projets publics. Le débat public et parlementaire s’annonce intense, entre impératifs de financement industriel, exigences de transparence sur l’utilisation de l’épargne réglementée et la nécessité de concilier ambition énergétique et acceptabilité sociale.

MaPrimeRénov : le casse-tête des propriétaires face à la rénovation énergétique

Le dispositif MaPrimeRénov, conçu pour encourager la rénovation énergétique des logements en subventionnant travaux et diagnostics, est de plus en plus perçu par de nombreux propriétaires comme une source d’incertitudes en raison de procédures longues et d’un parcours administratif jugé labyrinthique. Des ménages rapportent des délais d’instruction et de versement des aides qui retardent le démarrage des chantiers, entraînant parfois des surcoûts et des tensions avec les artisans sollicités pour des interventions urgentes. La montée des prix des matériaux et la difficulté à trouver des entreprises qualifiées aggravent la situation, obligeant certains propriétaires à avancer des sommes importantes ou à renoncer à des travaux pourtant essentiels pour la performance énergétique de leur logement. Plusieurs témoignages soulignent des divergences entre les devis acceptés, les travaux effectivement réalisés et les critères d’éligibilité appliqués, ce qui alimente un sentiment d’injustice et de manque de lisibilité sur l’utilisation des fonds publics. Les collectivités locales et les plateformes d’accompagnement voient affluer des demandes d’aide pour naviguer dans le dispositif, tandis que des voix appellent à simplifier les démarches, accélérer les paiements et renforcer le contrôle de la qualité des interventions. Face à ces difficultés, le débat public s’oriente vers la nécessité d’ajustements opérationnels et d’un meilleur pilotage pour que MaPrimeRénov tienne ses promesses de transition énergétique sans pénaliser les propriétaires les plus exposés aux aléas administratifs et financiers.

Rouvrir le débat sur l’héritage : urgence démocratique face à 9 000 milliards à transmettre

Mélanie Plouviez plaide pour une réouverture du débat public sur l’héritage, estimant que l’institution mérite d’être repensée au regard des enjeux contemporains et des inégalités patrimoniales. La philosophe rappelle que, sur le long terme, les inégalités de patrimoine ont diminué mais repartent à la hausse depuis les années 1970, et que la moitié la plus pauvre détient toujours moins de 5 % du patrimoine national.

Elle souligne l’ampleur de la « grande transmission » à venir : 9 000 milliards d’euros devraient être transmis d’ici 2040, un transfert massif qui pose des questions de justice intergénérationnelle et de financement des biens communs. Mélanie Plouviez exhorte à dépasser la seule logique fiscale et à envisager des dispositifs institutionnels nouveaux — plafonnement, différenciation selon l’origine des richesses, ou affectation collective partielle des successions — pour démocratiser la transmission. Elle rappelle que le XIXᵉ siècle offrait une palette d’idées audacieuses sur l’héritage, de la remise en cause de la transmission familiale à des propositions de mise en commun, et que ces pistes méritent d’être réexaminées aujourd’hui. L’auteure conclut sur l’urgence d’une délibération publique et démocratique pour décider collectivement de l’usage des patrimoines transmis, afin d’éviter une reproduction accrue des inégalités et de mieux financer les besoins collectifs.

Transparence salariale : les employeurs français dubitatifs face à l’obligation européenne

La directive européenne oblige les employeurs à indiquer des fourchettes de rémunération dans les offres d’emploi et à fournir, sur demande, des informations sur les niveaux de salaire ventilés par sexe pour des postes équivalents, une mesure à transposer d’ici le 7 juin 2026 qui transforme les pratiques de recrutement. Face à ce calendrier, de nombreuses entreprises françaises se déclarent insuffisamment préparées, pointant le manque de données consolidées, la complexité des classifications de postes et la charge administrative que représente la mise en conformité. Les responsables RH anticipent des efforts importants en matière d’analyse des grilles salariales, de formation des managers et de refonte des processus internes pour objectiver les critères de rémunération et répondre aux demandes d’information des salariés. Plusieurs études et sondages montrent que la transparence peut accroître les questions internes et les négociations salariales, ce qui pousse les employeurs à redouter une montée des tensions sociales si la communication n’est pas préparée et encadrée. Les observateurs soulignent que la directive interdit désormais de demander l’historique salarial des candidats et impose une plus grande lisibilité des offres, ce qui devrait modifier les pratiques de recrutement et potentiellement améliorer l’équité salariale à long terme. Dans ce contexte, le secteur privé appelle à des mesures d’accompagnement (outils, guides, délais transitoires) et à un dialogue renforcé avec les autorités pour éviter des effets de bord sur l’attractivité des postes et la gestion des ressources humaines.

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